Y a-t-il une différence d’approche de la montagne selon qu’on soit un homme ou une femme ? Eléments de réponse avec la guide Anna Torretta, âgée de 54 ans, qui exerce dans le Val d’Aoste.
En tant que femme, elle dit faire un peu plus attention aux besoins du client mais les voies, «ce sont les mêmes et nous sommes payées comme les garçons». La notion du risque et du danger sont toutefois différemment perçus, selon elle. Les femmes prennent moins de risque, elles pensent avant tout à «ramener les gens en vie» – même si les hommes aussi, reconnaît-elle en riant. «Mais, parfois, ils se mettent davantage en danger. A Chamonix, ils ont eu beaucoup de morts, alors ils ont introduit plus de femmes. Les hommes font souvent un pas en plus, les femmes un pas en moins.»
Le thermomètre ne cessant de monter, le réchauffement climatique modifie-t-il les pratiques ? «On s’adapte à la météo, répond la guide. Il y a deux ans, je n’ai pas pris de courses en août [à cause du risque de chutes de pierres, ndlr]. Cette année il a beaucoup neigé en fin de saison. Début juillet, il a fait très froid, alors en août, on a pu faire des choses qu’on ne faisait pas deux ans avant… Les problèmes, ce sont les éboulements et les fissures qui s’élargissent, le facteur chance qui nous fera passer à côté.»
L’alternance chaud et froid
Cela fait vingt-sept ans qu’elle travaille, et elle constate que c’est devenu plus «dangereux» en hiver, avec davantage de vent, des variations de températures plus grandes, des précipitations irrégulières, qui parfois arrivent toutes ensemble… L’alternance chaud et froid rend la glace dangereuse. «Si cela fond, la cascade devient plus grande, parfois détachée du rocher parce qu’il a fait très chaud. Ce n’est alors pas facile de pratiquer, il faut beaucoup d’expérience. Avant, l’hiver, c’était froid. Ce n’est plus toujours le cas maintenant», analyse la guide.
L’important, c’est de ne pas faire le geste de trop. «Si je vois que c’est dangereux, je n’y vais pas. J’ai deux fils, de 9 et 13 ans. Il y a quelques années, il avait plu le matin. Deux frères, des clients américains, voulaient faire du hors-piste. Je réponds non ! On s’est engueulé, et on ne l’a finalement pas fait. Quand on est parvenu au bout de la course, l’hélico était là, il y avait eu un mort sur la voie.»




