Douglas Tompkins et sa femme Christine sont des amoureux d’espaces sauvages. Entrepreneur autodidacte et richissime, «Doug» a racheté il y a une dizaine d’années des milliers d’hectares en Patagonie, incluant des fjords, des forêts et même des volcans en activité… Puis le couple a décidé de vendre ses acquis pour en faire des parcs nationaux qui permettent à tout le monde d’aller à la découverte de la nature. Depuis, les Tompkins et leurs partenaires ont permis la création de 18 parcs nationaux au Chili et en Argentine, l’équivalent de 7 millions d’hectares… Tel est le sujet de Rewilding Patagonia (1), un documentaire militant réalisé par Aurélie Miquel et Arnaud Hiltzer.
Les deux réalisateurs ont découvert ce concept de réensauvagement (rendre à la nature un territoire et y limiter l’intervention humaine) en feuilletant un catalogue dans une boutique de Chamonix. Une idée déjà portée par Rick Ridgeway (aventurier, montagnard, entrepreneur) et Yvon Chouinard (fondateur de Patagonia et alpiniste), des hommes connectés aux grands espaces, à la nature sauvage, adeptes du giving back («je rends ce que la nature m’a offert») américain. «On aurait pu garder ces propriétés privées, mais l’objectif était de reconnecter l’humain avec la nature», explique Arnaud Hiltzer, à l’instar de John Muir (l’initiateur des premiers parcs nationaux américains).
«Ces terres avaient été l’objet d’élevage intensif. Les initiateurs du parc ont mis des années à vendre les moutons, de façon progressive, pour ne pas impacter les autres éleveurs. Une fois l’économie mise en place, il fallait créer une infrastructure d’accueil qui devienne un bien commun», poursuit Arnaud Hiltzer, joint au téléphone au lendemain du Grand Bivouac d’Albertville où il présentait son documentaire. Propos confirmés dans le film par le témoignage de Christine Tompkins : «Qu’est-ce que serait la vie si on nous enlevait ce sentiment d’appartenir à quelque chose de plus grand que nous ? […] Il faut que les gens comprennent que les parcs leur appartiennent.»
«Incarner le changement»
Arnaud Hiltzer, qui a déjà réalisé deux autres docus sur le rewild (2), est convaincu qu’il faut inscrire ces parcs dans le développement des pays et encourager leurs citoyens à s’en saisir. Une opération «humaine» qui va dans le sens de l’époque : «Pour ce film, on a travaillé avec un expert en neurosciences ; on ne voulait pas paraître être donneur de leçons. Après avoir vu le documentaire, j’ai l’impression que les gens sont apaisés et que ça leur donne envie de passer à l’action», confie le jeune réalisateur.
Voilà pour les terres sauvages de Patagonie. Et plus près de chez nous ? «On a acheté un terrain pour faire du réensauvagement à l’échelle de la vallée à Chamonix. On y a mis toute notre tirelire, explique Arnaud Hiltzer. Ce terrain était menacé par une construction en pleine zone naturelle, on a arrêté le projet, on va signer une obligation réelle environnementale qui va nous permettre de protéger le terrain pendant un siècle. On n’est pas juste des réalisateurs, on veut incarner le changement.»
Arnaud Hiltzer travaille sur un autre film avec la fondation Tompkins qui a annoncé un projet de conservation dans le bassin du Paranà aux confins de l’Argentine, du Brésil de la Bolivie et du Paraguay : 7 000 kilomètres de fleuve, un corridor pour les espèces sauvages, financé avec 400 millions de dollars pour protéger et réensauvager ces grands fleuves avec, comme espèce emblématique, le jaguar.




