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En Tunisie, la main à la datte

A Hazoua, la commercialisation du fruit dans une démarche équitable assure des revenus à près de 300 personnes dont 80% de femmes.

A Hazoua, oasis de 5 000 habitants. Beni Ghreb désigne aussi désormais une activité de production et de commercialisation de dattes équitables. (Capture d'écran Facebook/DR/ Beni Ghreb)
Publié le 07/11/2025 à 10h34

Agriculture, énergies renouvelables, réinsertion, logement, tiers-lieux… En France et à l’étranger, la finance solidaire accompagne des projets innovants et fédérateurs. Analyses, reportages, portraits, tribunes… Un dossier réalisé en partenariat avec Fair, collectif de la finance à impact social.

Beni Ghreb est le nom de famille de Bédouins qui se sont sédentarisés pour fonder Hazoua, dans une zone désertique du sud-ouest tunisien, près de la frontière avec l’Algérie. Dans cette oasis de 5 000 habitants, Beni Ghreb désigne aussi désormais une activité de production et de commercialisation de dattes équitables qui assure des revenus à près de 300 personnes dont 80 % de femmes. Labellisés Fairtrade, les fruits ont aussi reçu les certifications bio et biodynamique (Demeter). «Avec ce projet, on veut maintenir la vie à Hazoua. Offrir du travail à nos jeunes et éviter qu’ils ne prennent la route de l’Europe», explique Sadok Saidi, à l’origine de Beni Ghreb.

Dans les années 90, alors que l’effondrement des prix des dattes contraint des producteurs à abandonner leur activité, Sadok Saidi se tourne vers l’agriculture biologique et biodynamique et mobilise ses proches. «Je voulais que l’on cultive en respectant la terre, les plantes, que l’on économise l’eau dans une zone aride», explique celui qui a présidé à la création d’un groupement qui compte aujourd’hui une centaine d’agriculteurs labellisés.

Filets moustiquaires

Ils produisent essentiellement des dattes, un peu de fruits et de légumes, et emploient chacun un ou deux ouvriers agricoles. Si la certification des fruits de la palmeraie permet de garantir des revenus plus élevés, elle exige cependant un protocole de conditionnement spécifique. «Nous avons donc créé, en 2002, une société qui trie, nettoie, congèle [pour éviter les insectes, ndlr] et conditionne les dattes achetées au groupement pour les exporter vers l’Europe. Elle offre du travail à une centaine de personnes.»

Aujourd’hui, l’entreprise vend près de 1 500 tonnes de dattes labellisées, alors que la demande s’élève à 4 000 tonnes. «Avec plus de financement, on pourrait installer davantage de jeunes agriculteurs, augmenter la capacité de conditionnement pour produire plus et accroître les revenus», poursuit Sadok Saidi qui se félicite toutefois d’accueillir chaque année une quinzaine de nouveaux agriculteurs.

Beni Ghreb a aussi mis en œuvre des pratiques d’agriculture durable : filets moustiquaires qui ont quasi réduit à néant les infestations des palmiers par la pyrale, irrigation par aspersion pour une économie de 80 % de la consommation d’eau… Beni Ghreb accueille également dans une résidence d’écotourisme de trente lits tous ceux qui veulent apprendre de ce projet d’agroécologie ou tout simplement découvrir Hazoua.

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