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Faire rentrer l’inclusion dans le vocabulaire de l’entreprise

A l’occasion de la table ronde «Inclusion de la neurodiversité : une richesse pour les organisations», Olivier Tran, fondateur de trois associations d’insertion, détaille son parcours.

(Arne Dedert/DPA. AFP)
Publié le 24/11/2025 à 3h59

Ateliers, conférences, témoignages de terrain et d’experts… La Fondation Falret, l’Alliance pour la Santé Mentale et la Fédération Santé mentale France proposent, du 19 au 21 novembre à Paris, un événement, « Cap sur la santé mentale, bilan et perspective pour l’emploi », pour repenser nos relations en milieu professionnel.

Comment peut-on apprendre quoi que ce soit à un enfant qui ne sait pas lire, pas écrire et pas parler ? Olivier Tran, père de trois enfants, dont Alexandre, 19 ans, diagnostiqué autiste sévère, a tenté de répondre à cette question lors de la première journée du forum «Cap sur la santé mentale, bilan et perspective pour l’emploi».

Les experts autour de lui étaient dans l’impasse. Alors, il a fait preuve de «bon sens» explique-t-il, en décidant d’inverser notre fonctionnement habituel. Plutôt que de regarder ce que son fils ne savait pas, il s’est demandé ce qu’il savait faire, ce qu’il comprenait. «J’ai vu qu’il comprenait les symboles» dit-il. De là, vient l’idée de fiches dessinées, pour représenter des tâches, visuellement, sans mots et sans chiffres.

Une méthode qu’Olivier Tran décide d’appliquer pour d’autres personnes, avec la conception en 2020 d’un écosystème dédié à l’inclusion des personnes en situation de handicap mental et cognitif. Il crée trois organisations qui fonctionnent ensemble.

Biscornu est un «démonstrateur par l’exemple», selon son fondateur. La société, qui offre des services de traiteur, a pour fonction de «montrer que faire travailler des porteurs de handicaps sèvres est possible.» L’association Afuté, elle, est dédiée à la formation et l’apprentissage tandis que le cabinet de conseil cHaméléons se déplace au sein des entreprises afin de définir les tâches accessibles.

Vingt ans après la loi «pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées», le constat n’est pas reluisant. Une étude de l’Ifop menée pour Ladapt, l’Agefiph et le FIPHFP, trois organismes spécialisés dans l’emploi et le handicap, révèle que si 60 % des personnes en situation de handicap reconnaissent des avancées, elles sont seulement 12 % à évoquer des «changements majeurs.» Pour 41 % des personnes concernées, l’égalité professionnelle signifie «être reconnu pour ses compétences sans préjugés.» Le principal combat aujourd’hui ne situe plus sur le plan juridique, mais sociétal. Il faut désormais faire évoluer le regard porté sur le handicap.

A 13 ans, le fils d’Olivier Tran n’avait plus de solutions pour continuer à apprendre. Il restait à la maison et «regardait en boucle des vidéos de suicide» se souvient son père. «On les regarde comme s’il leur manquait quelque chose, pourtant tout le monde a des compétences», estime-t-il, considérant même que notre société passe à côté de talents et de complémentarité.

Lui, invite à réfléchir l’emploi en oubliant les fiches de poste et en se focalisant sur la jonction entre les capacités de quelqu’un et ce qui est recherché en entreprise. C’est ce qu’il nomme les «tâches élémentaires», des actions qui, à l’instar des particules élémentaires, ne peuvent se découper davantage. Concrètement, cela peut être, éplucher une pomme, débarrasser le lave-vaisselle, changer les draps d’un lit ou mettre en rayon dans un supermarché.

L’enjeu est ensuite l’apprentissage. «Le système éducatif vise un diplôme, c’est une norme. Pour certains jeunes, ça peut être très compliqué. Nous, on avance de tâches en tâches, de victoire en victoire et on voit progressivement jusqu’où on peut aller. On évite le couperet d’un objectif trop ambitieux», insiste Olivier Tran.

Il invite tout le monde à rejoindre ce chemin inclusif, arguant que chacun peut contribuer à son échelle. Si la sensibilisation passe par les mots, il est certain qu’un vrai changement de mentalité se fait par l’expérience réussie. «Un employeur satisfait c’est une personne convaincue que l’inclusion fonctionne».

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