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Femmes exilées : l’urgence d’un accueil féministe

Pour France terre d’asile, il est impératif que les politiques migratoires prennent en compte les innombrables difficultés rencontrées par les femmes.

Accueil de réfugiés ukrainiens dans un centre de France terre d'asile dans le XVIIIe arrondissement de Paris, le 11 mars 2022. (Stéphane Lagoutte/Myop pour Libération)
Par
Lucie Jaeger, cheffe de projet Amal sur la protection et l'autonomisation des femmes exilées
Maëlle Léna, directrice du plaidoyer et de la vie associative 
Vincent Beaugrand, directeur général de France terre d'asile
Publié le 11/11/2025 à 4h32, mis à jour le 12/11/2025 à 10h51

Les femmes exilées sont les grandes oubliées des politiques d’accueil et d’intégration. Alors qu’une personne immigrée sur deux en France est une femme, elles sont absentes des représentations et des débats autour des migrations. Leurs voix et leurs revendications ne sont pas présentes dans l’espace public, et encore moins écoutées.

Être femme et migrante, c’est subir des discriminations croisées – sexisme, xénophobie, racisme, LGBTIphobie – et voir s’accumuler les obstacles : dans l’accès aux droits, aux soins, à la langue, à l’emploi, à la sécurité. C’est aussi le plus souvent survivre dans des conditions précaires, être isolée, et voir sa situation davantage fragilisée par l’incertitude autour de son statut administratif. Il est urgent que nos politiques publiques reconnaissent les mécaniques d’exclusion auxquelles les femmes exilées sont confrontées. Notre système d’accueil doit ainsi cesser de reproduire – voire d’aggraver - les inégalités dont elles sont victimes.

Les femmes exilées sont surexposées aux violences dans leur pays d’origine, sur les routes de l’exil, et dans les pays d’accueil censés les protéger. En France, une femme demandeuse d’asile qui vient d’arriver sur le territoire a dix-huit fois plus de risque d’être victime de viol que le reste de la population féminine.

On sait aussi que les femmes primo-arrivantes sont davantage diplômées que les hommes primo-arrivants, mais deux fois moins nombreuses à être en emploi l’année qui suit leur arrivée.

Face à ces différents constats, quelles sont nos réponses institutionnelles ?

Un délai de carence dans l’accès à l’Assurance maladie, qui retarde l’accès aux soins. Une insuffisance chronique et, pire, une diminution des places d’hébergement pour les personnes en demande d’asile, exposant les femmes à la vie à la rue et à de nouvelles agressions ou à des réseaux d’exploitation. L’absence de solutions de garde d’enfants qui empêche les mères parmi elles d’apprendre le français ou de travailler. Le manque de reconnaissance des compétences et des diplômes qui les enferme dans des emplois précaires et dévalorisés.

La loi immigration de janvier 2024 ne fait pas mention des femmes exilées et de leurs besoins spécifiques. Elle reste aveugle aux violences subies et accentue l’insécurité juridique et administrative qui précarise et fragilise les parcours de ces femmes. En durcissant les conditions d’accueil et de séjour, en réduisant les recours, en complexifiant les démarches, cette loi tourne le dos à toute approche sensible au genre.

Nous revendiquons une approche féministe des politiques migratoires. Il est indispensable de prévoir des soins adaptés, des hébergements où les femmes exilées peuvent vivre sereinement, des titres de séjour stables. Ces politiques doivent aussi mettre en place des cours de français accessibles, un meilleur accès à la formation et à l’emploi, ainsi que des solutions de garde qui permettent aux mères d’y accéder. Nos politiques publiques doivent également permettre de former les professionnels de la santé, de la justice et de l’accueil des personnes étrangères à ces enjeux. Enfin, les plans de lutte contre les violences sexistes et sexuelles et contre toute forme de discriminations doivent être renforcés et prendre pleinement en compte les situations spécifiques des femmes exilées.

Comme nous toutes et tous, les femmes exilées réclament justice, dignité et égalité. Il est grand temps que nos politiques soient à la hauteur de notre promesse républicaine de liberté, d’égalité et de sororité.

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