Santé, emploi, droits à un hébergement digne… A l’occasion du festival organisé par France terre d’asile au Ground Control, les 14 et 15 novembre à Paris, retour sur les itinéraires et les difficultés des femmes exilées.
Alors que le terme «sans-papiers» s’invite régulièrement pour qualifier une personne dépourvue d’un document officiel permettant de vivre légalement en France, ce statut recouvre de grandes variétés de parcours. Exemples avec une médecin tunisienne et une femme algérienne sans formation.
Chaima D., médecin tunisienne, 36 ans : «Je me donne au travail à mille pour cent pour ne pas y penser»
«Je suis médecin généraliste. Je suis arrivée en France en 2023 et j’ai commencé à travailler tout de suite dans un hôpital. Je faisais toutes les tâches, comme tous les autres médecins, en étant payée 1450 euros par mois. Les complexités administratives ont rapidement ponctué mon quotidien. Tout était tellement compliqué. Heureusement, je travaille aux urgences, donc j’utilise mes jours de repos de garde pour me déplacer à la préfecture ou pour passer des appels. Je me suis retrouvée sans papier quelques mois en 2023 et à nouveau en 2025. En situation irrégulière, j’ai continué à travailler à l’hôpital car ils avaient besoin de moi.
«A ce moment-là, ma mère était malade et elle a été hospitalisée en Tunisie. Mais, faute de papiers, je n’ai pas pu y aller, je n’ai pas pu l’aider alors qu’elle me réclamait. J’ai finalement pu retourner en Tunisie en août et ma mère est morte dix jours plus tard. Je suis si triste et j’ai tellement de remords avec lesquels il m’est difficile de vivre. Je me donne au travail à mille pour cent pour ne pas y penser.
«Je n’imaginais pas me retrouver un jour sans papier en France et être traitée de cette façon ! C’était très dur psychologiquement. Heureusement, mes collègues sont compréhensifs, ils m’ont toujours soutenue et je sais que ce n’est pas le cas pour tout le monde. Mais pourquoi nous faire vivre ça ? Nous sommes des gens de qualité, nous venons aider, nous payons des impôts. Alors même qu’il y a un grand besoin de médecins en France, je ne comprends pas pourquoi nous sommes traités comme des criminels.»
Zohra S, Algérienne sans formation, 59 ans :«Sans-papiers, quand tu sors tu as peur»
«Je suis arrivée d’Algérie en janvier 2017. Au décès de mon père, j’ai eu des problèmes avec mon frère, alors j’ai fui et je suis allée chez ma sœur qui habite à Lyon. Elle a trois enfants, elle m’a hébergé. Tout ce que je voulais c’était travailler et vivre ma vie.
«En 2019, on m’a parlé d’un emploi à Calais. Mon futur employeur disait “viens et je te ferai tes papiers“. Je suis restée avec lui pendant quatre ans, sans papier. Je travaillais sept jours sur sept comme femme de chambre. Comme il ne voulait pas aller à la laverie, je lavais aussi le linge. Je m’occupais de la formation des nouvelles femmes de chambre, un peu de rénovation, de la peinture, etc. Je faisais tout dans son hôtel et je lui faisais aussi à manger. Il me donnait 300 euros par mois, plus une petite chambre et un papier disant que la valeur du loyer était de 450 euros.
«Et puis, il est devenu méchant, il me criait dessus. Je suis partie, j’ai dormi dans la rue, chez des connaissances, des amies, à nouveau chez ma sœur à Lyon. C’est terrible d’être sans papier ; tu n’as pas le droit de travailler, quand tu sors tu as peur, quand tu voyages tu as peur. Ça fait presque neuf ans que je suis ici en France et dès que je vais chez ma sœur j’ai peur des contrôles.
«Un de mes grands plaisirs est d’être bénévole au Secours catholique, d’aider les gens. Quand on est seule et que l’on a du vide autour de nous, que faire d’autre ? Là-bas, on accueille les femmes, on sert le café, on donne à manger. Et puis on échange, et comme je parle arabe, je fais parfois des traductions.
Aujourd’hui, je suis toujours à Calais, mais je suis tombée malade, j’ai des problèmes de cœur, je suis fatiguée. J’ai dû être hospitalisée et quand je suis sortie, j’avais le moral à zéro. Deux copines m’hébergent, une fois l’une, une fois l’autre. Mais je veux un chez moi. Comme tout le monde.»




