«Comment faire prendre conscience aux habitants des quartiers que l’écologie, ce n’est pas seulement un truc de bobo parisien ?» interroge un spectateur venu assister à l’un des derniers débats du Climat Libé Tour, ce dimanche 31 mars. En somme, comment relier quartiers populaires et climat, et faire front commun ?
Féris Barkat, cofondateur de Banlieues Climat – une association qui vise à sensibiliser les populations des quartiers populaires sur les questions environnementales – a justement fait de cette question son cheval de bataille. Pour le jeune homme de 22 ans, «l’écologie, c’est tout ce que vous vivez. Notre quotidien dans les quartiers est entièrement lié à l’écologie. Ce mot-là va partout : c’est à la fois pourquoi on n’a pas d’espaces verts, pas de silence, une mauvaise qualité dans notre alimentation, ou aussi la bétonisation». L’écologie est «partout», et les «habitants des quartiers sont les plus exposés, assène cette figure montante de la question écologique. Il faut simplement démocratiser l’écologie pour qu’ils le comprennent».
«Notre environnement est déjà bousillé»
Pour ce faire, tous les participants à la table s’entendent autour d’une notion commune : l’écologie doit être «populaire». Bertrand Caltagirone, porte-parole de Riposte alimentaire (anciennement Dernière Rénovation) s’explique : «L’écologie populaire, c’est dessiner ce qui pourrait être un autre modèle économique et un autre modèle social». Melody Tonolli, adjointe à la maire de Paris en charge des questions relatives à la politique de la ville, propose elle aussi sa définition : «L’écologie populaire, c’est répartir les efforts, et répartir les devoirs. Je suis pour qu’on demande beaucoup plus d’efforts à ceux qui polluent le plus, et a fortiori, ce sont les plus riches». Selon l’élue, «l’urgence est ici, et maintenant».
«Parler d’écologie populaire, c’est comprendre ce qui ne va pas, et le comprendre tout de suite, car on constate une forme d’urgence. Il n’y a aucune différence entre la justice sociale et la justice climatique : les causes de ces problèmes sont les mêmes. On veut nous faire voir une différence entre les deux, mais en réalité, cette différence n’a aucun fondement», poursuit Féris Barka. Le jeune activiste s’enflamme et embarque le public : «L’environnement est déjà bousillé dans nos quartiers. Il n’y a pas besoin d’attendre des gros concepts et les rapports du Giec pour comprendre que c’est la merde.»
Une écologie populaire et ses solutions
Même si l’avenir qu’ils présentent est sombre, les participants à la table ronde ne manquent pas d’idée pour le remodeler. Bertrand Caltagirone déroule ainsi durant de longues minutes son concept de sécurité sociale de l’alimentation : «C’est la possibilité d’acheter, pour 150 euros, des produits alimentaires conventionnés, sur le principe de la carte vitale». Et Féris Barkat de préciser : «Il faudra faire attention à ce que les commerces sélectionnés soient aussi ceux des quartiers populaires. Sinon, tout ça n’a pas de sens».
Melody Tonolli, elle, défend les initiatives locales mises en place à Paris par les habitants, à travers les épiceries solidaires ou les achats groupés. La jeune femme avance aussi «la question de l’information et la qualité de l’information», qui permettra à chacun de s’emparer de la question écologique. Pour Féris Barkat, qui a le mot de la fin, toutes ces initiatives ne doivent pas passer à côté de l’essentiel et «Il ne faut pas trahir qui l’on est», au risque de susciter la défiance du public visé.




