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«Je viens d’un pays où les femmes n’ont pas de droits»

A l’occasion de la Journée internationale de tolérance zéro à l’égard des mutilations sexuelles féminines (le 6 février), nous, femmes exilées accompagnées par France terre d’asile, partageons, dans une tribune écrite collectivement, l’ampleur des violences vécues dans nos pays d’origine et les difficultés que nous avons rencontrées en France.

Le 30 octobre 2025, à Paris. Des femmes exilées, accompagnées par France terre d’asile, participent à un atelier d'écriture dans le cadre de la rédaction collective de la tribune. (Ophélie Chauvin/ France terre d’asile)
Par
Un collectif de femmes exilées accompagnées par France terre d’asile (1)
Publié aujourd'hui à 9h52

Je viens d’une communauté au Sénégal où avant tes 4 ans, tu es forcée de te faire exciser. La mutilation est un rituel qui perdure depuis des générations. Etre mutilée, c’est ressentir une douleur jusqu’aux entrailles et dans la chair, risquer une hémorragie, avoir une infection, un choc, un traumatisme. Ça a des conséquences tout au long de la vie, pendant la nuit de noces, pendant l’accouchement… Ils pratiquent les mutilations sexuelles féminines soi-disant pour purifier, mais pour purifier qui ? Pour purifier quoi ?

Je viens d’un pays d’Afrique de l’Ouest. Quand j’avais 16 ans, mon père m’a forcée à me marier à un homme avec qui j’avais 20 ans de différence. J’ai beaucoup fugué car je ne l’aimais pas, je ne l’avais pas choisi. Il était violent avec moi, j’avais peur, un jour j’ai cru que j’allais mourir. J’ai essayé de le dénoncer, mais c’est moi qu’on a menacée. On m’a dit : «Pour être une bonne femme, quand ton mari te demande quelque chose, tu dis oui». J’ai dû fuir mon mariage, j’ai dû abandonner mes enfants.

Je viens de République démocratique du Congo. Dans un contexte de conflits armés, pour intimider, humilier et déstabiliser des communautés entières, le viol est utilisé comme arme de terreur. Il ne s’agit pas seulement d’un acte de violence physique, mais d’une atteinte profonde à la dignité et à l’intégrité humaine.

Nous, les victimes, nous subissons des séquelles durables, tant sur le plan physique que psychologique, et notre vie quotidienne, nos familles et notre avenir en sont profondément affectés.

«Si on nous accorde la protection, nous serons en sécurité»

Quand je suis arrivée en France, je ne savais pas ce qu’était une demande d’asile. Je pensais qu’être réfugiée, c’était être réfugiée politique. Je ne savais pas que pour l’excision, le mariage forcé et les violences conjugales on pouvait faire une demande de protection. J’avais peur, je pensais que si je demandais l’asile, j’allais être expulsée. Quand on arrive, on ne connaît pas, on n’a pas accès aux informations, on ne sait pas comment faire les démarches. Quand tu n’as personne pour t’aider, c’est difficile.

Un jour, une association est venue et ils m’ont aidée à prendre rendez-vous pour ma demande d’asile. Quand je suis arrivée à la préfecture de police pour enregistrer ma demande, j’ai d’abord fait demi-tour car j’avais peur qu’on me renvoie dans mon pays. J’étais triste à l’époque, ça se voit sur la photo de mon récépissé.

Si j’obtiens la protection, j’aimerais me consacrer à la lutte contre l’excision et faire venir ma deuxième fille ici avant qu’on le lui fasse subir. L’aînée a été excisée, elle a dix ans et son père l’a déjà fiancée.

Aujourd’hui, nous demandons la protection. Si on nous l’accorde, nous serons en sécurité. Nous avons besoin d’être assurées que personne ne pourra venir nous chercher ici.

Toutes les femmes doivent être hébergées, nulle ne doit dormir dehors

Lorsque l’Office français de l’immigration et de l’intégration ne te trouve pas d’hébergement, c’est difficile car les places sont limitées quand tu appelles le 115. Moi, au début, j’ai souffert car je n’avais pas d’hébergement et je ne connaissais personne à Paris. Je suis restée à la rue pendant onze mois. Quand tu dors dehors, tu as froid et tu risques de tomber malade. Et quand tu es une femme, tu risques aussi d’être violée, d’avoir de nouveaux traumatismes. Des hommes ciblent les femmes qui viennent d’arriver car ils savent qu’elles ne connaissent pas la loi et qu’elles auront peur d’aller porter plainte. Moi, je me suis déjà battue avec des hommes qui venaient me voir, je me défendais car j’étais habituée à vivre des choses comme ça avec mon mari.

Nous demandons au Président d’aider les femmes qui dorment dans la rue. Il faut que la loi les protège. Il faut soutenir les associations qui les aident à connaître leurs droits et à vivre dignement.

«Nous voulons nous reconstruire»

Quand je suis arrivée en France, j’étais traumatisée, je pleurais toutes les nuits. Je ne veux pas me souvenir du passé, car le mien me terrifie. Quand j’y repense, je ne suis plus moi-même, je tombe malade. Aujourd’hui, j’ai des problèmes psychologiques, parce que j’ai vécu beaucoup de souffrances, j’ai subi des menaces. Je suis un traitement, je ne peux plus rester sans médicaments et je dois consulter un psychiatre régulièrement.

En France, à l’hôpital, on m’a découvert un problème cardiaque qui s’est développé suite aux chocs que j’ai subis au pays.

Moi, j’ai été excisée et depuis j’ai une maladie. Quand je suis arrivée, je ne savais pas que je pouvais me faire soigner. C’est une association qui m’a dit que je pouvais aller à l’hôpital après plusieurs mois dans la rue. Mais avant de pouvoir avoir un suivi, tout prend du temps.

Nous voulons nous reconstruire. Nous demandons que les droits à la santé physique et mentale soient ouverts pour toutes les femmes, dès leur arrivée.

Aujourd’hui, notre chemin n’est pas encore terminé. Nous continuons de nous battre chaque jour pour améliorer nos vies, pour retrouver pleinement notre autonomie et pour transformer ces épreuves violentes en force et en résilience. Nous souhaitons que nos témoignages aident à mettre en lumière ces réalités, à sensibiliser la société, en soulignant l’importance de la solidarité et de l’accompagnement dans notre combat.

(1) Cette tribune a été écrite collectivement par des femmes exilées accompagnées par France terre d’asile. Elles ont souhaité rester anonymes afin de garantir leur protection.
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