IL y a un peu plus d’un an, on avait évoqué son exploit : Relier 82 sommets de plus de 4 000 mètres en seulement 19 jours. Kilian Jornet, le trailer «extraterrestre» revient sur cette course mythique dans Alpes, au-delà des limites (1) un ouvrage illustré où on le voit courir, s’allonger, grimper, descendre, monter, pédaler ; avec ses bâtons, son bonnet, son masque, trois paires de chaussures (dont deux imperméables), un tee-shirt en mérinos, des gants d’escalade, un harnais, une broche à glace et deux piolets, un mousqueton de sécurité… Un livre épuisant à feuilleter !
Kilian est né en 1987 dans les Pyrénées où il a effectué ses premiers pas, «grimpant vers les cimes, cherchant – déjà — le dénivelé», alors qu’il n’avait que trois ans… Son projet, écrit-il, il l’a conçu «comme un parcours rigoureux et cohérent, fuyant l’idée d’enchaîner des ascensions comme autant d’objectifs isolés […] Ce qui m’intéressait le plus, c’était l’esthétique». Et aussi un peu de philosophie. «L’alpinisme léger est un jeu de renoncement», écrit le trailer. Moins de matériel, et en échange, se sentir «plus connecté à la nature, on surmonte les obstacles par soi-même et pas grâce à la technologie».
Et on avance. «Pendant ces premières journées, j’avais accumulé presque 24 000 mètres de dénivelé, douze sommets, soixante-seize heures d’activité, et parcouru 460 kilomètres. Malgré tous les imprévus, je me sentais fort et plein d’enthousiasme pour les jours à venir». Kilian Jornet n’est pas qu’un athlète. C’est aussi un homme qui réfléchit à son environnement. Il est engagé dans une fondation qui se bat pour sensibiliser au réchauffement de la planète. «La nature rétrécit par notre faute, écrit-il. On estime que, depuis une vingtaine d’années, les glaciers ont perdu près de 40 pour cent de leur volume. Les effets sont dévastateurs sur les montagnes. Elle a des conséquences sur les paysages et l’écosystème, mais elle affecte aussi la disponibilité en eau douce […] et contribue à l’élévation du niveau de la mer». Et pourtant, il profite, il savoure, on se demande quand et comment, tant il est toujours et encore en mouvement.
Au Weisshorn, une de ses montagnes préférées, il se sentait «léger», comme «porté par un nuage pour gravir l’arête. Le coucher de soleil à l’ouest et les nuages à l’est m’ont offert un spectre brisé qui m’a suivi tout au long de la montée, reproduisant tous mes mouvements dans le ciel, comme dans un miroir. Mon ombre, projetée sur le brouillard par la lumière du soleil, était entourée d’un cercle de couleur douce […], reflet fantomatique crée par la magie de la lumière et des gouttes d’eau en suspension. A certains moments, je ne savais plus si j’étais éveillé ou dans un rêve. Et, arrivé au sommet, m’attendait un des plus beaux couchers de soleil que je n’ai jamais vus».
On a peine à croire que l’athlète ait pris le temps de contempler un coucher de soleil, mais s’il le dit…




