Culture, éducation, justice, information, sciences... Syndeac, le syndicat national des entreprises artistiques et culturelles, organise en 2025 une série de débats pour souligner le rôle et l’importance des services publics dans la société. Une série d’événements dont Libération est partenaire. Prochain rendez-vous, le 11 septembre à Montpellier.
Nous ne vivons pas dans une dictature. Nous sommes libres d’exprimer publiquement ce qui nous anime. Et pourtant… Ces derniers mois voient se multiplier de la part de certaines collectivités locales un désir décomplexé - employons ce mot qui malheureusement prend beaucoup de place dans l’espace public et pour cause… - de dire aux artistes ce qui est de l’art et ce qui ne l’est pas, ce qu’il faudrait ou ce qu’il ne faudrait pas représenter.
Ces prises de parole - parfois les décisions qui s’ensuivent - le sont au nom d’une subvention versée par la puissance publique qui induirait de la part de ceux celles qui les perçoivent une forme de devoir de rendre des comptes, d’obligation de bien en user.
Attention danger.
L’art, est-il nécessaire de le redire, est un espace de désordre, de dérangement, de déplacement. Il ne doit jamais devenir un instrument de quelque pouvoir que ce soit. L’art est un contre-pouvoir. Un lieu où l’imagination échappe à la raison, les artistes et les lieux subventionnés qui les exposent ne doivent pas rendre compte à des politiciens mais au public, la différence est de taille.
Maurice Druon restera dans l’histoire de la Ve République, en tant que ministre de la Culture, pour cette saillie lamentable et tristement célèbre : «Les gens qui viennent à la porte de ce ministère avec une sébile dans une main et un cocktail Molotov dans l’autre devront choisir». Mais on lui doit ce développement encore plus clair : «Que l’on ne compte pas sur moi pour subventionner, avec l’argent du contribuable, les expressions dites artistiques qui n’ont d’autre but que de détruire les assises de notre société».
Ce que la puissance publique par la voix de certains de ces illustres représentants claironne - et si Laurent Wauquiez et Christelle Morançais en sont les hérauts, le territoire français est truffé de pâles imitateurs encouragés par un silence quasi total de l’ensemble de la classe politique tous bords confondus. Or il faut répondre.
Les directeurs et directrices de structures culturelles ne peuvent pas ne pas l’entendre et être tentés d’en tenir compte d’une manière ou d’une autre. Et ce qui est encore plus dangereux, c’est que les artistes ne peuvent pas ne pas comprendre que les directeurs et les directrices de structures culturelles entendent cette censure rampante et qu’ils pourraient être tentés d’en tenir compte d’une manière ou d’une autre.
Ainsi censure et autocensure, comme des sœurs jumelles, rôdent et tourmentent la liberté du geste artistique, de la geste artistique.
Car l’art est une bataille. Toujours. D’une manière ou d’une autre.
Les temps qui s’ouvrent vont être durs, artistes de toutes disciplines, et vous qui choisissez d’exposer le travail de tel ou tel, ne lâchez rien dans l’exigence, dans le risque, ne déposez pas les armes - celles de la poésie bien sûr comme l’a magnifiquement dit Pier Paolo Pasolini.




