Menu
Libération
Finance

L’économie sociale et solidaire prend de la valeur

Avec plus de 220 000 établissements et 2,6 millions de salariés, les entreprises solidaires d’utilité sociale sont une autre façon de voir l’économie, avec une ambition d’équité et de soutien dans une grande diversité de secteurs.

Kim, 78 ans, en pension de famille au hameau Saint-François, à Draguignan le 7 octobre. (Laurent CARRE/Laurent Carre)
Publié le 06/11/2025 à 17h33, mis à jour le 01/12/2025 à 16h46

Agriculture, énergies renouvelables, réinsertion, logement, tiers-lieux… En France et à l’étranger, la finance solidaire accompagne des projets innovants et fédérateurs. Analyses, reportages, portraits, tribunes… Un dossier réalisé en partenariat avec Fair, collectif de la finance à impact social.

Loin des salles de marché, une autre façon de voir l’économie gagne du terrain en France : l’économie sociale et solidaire (ESS). Elle regroupe des entreprises et des organisations au service des besoins collectifs avec une ambition solidaire et coopérative. Pour garantir la crédibilité du secteur, l’Etat a créé l’agrément Entreprise solidaire d’utilité sociale (Esus). Ce label, attribué aux structures dont l’activité a un impact social ou environnemental majeur à lucrativité limitée, sert de repère aux épargnants. L’obtention de l’agrément Esus ouvre également l’accès à des financements et permet d’attirer des investisseurs désireux de placer leurs fonds dans des projets méritants. Avec plus de 220 000 établissements employeurs et 2,6 millions de salariés, l’ESS est désormais présente dans une grande diversité de secteurs allant du sport à l’insertion, en passant par le logement, le grand âge ou encore la santé et la petite enfance. Tour d’horizon.

Le logement

La crise du logement est ainsi l’un des grands défis sociaux du pays. La France compte 330 000 personnes sans-abri et 2,4 millions de ménages en attente de logement social, selon le dernier rapport sur le mal-logement de la Fondation pour le logement des défavorisés, et face à cette urgence, des fonds solidaires participent au financement, à la construction ou la rénovation d’habitats accessibles. La foncière d’Habitat et Humanisme, par exemple, mobilise l’épargne citoyenne pour acquérir des appartements qu’elle loue à bas prix à des familles en difficulté. A ce jour, l’association compte près de 6 000 logements. Soliko, une société d’investissement solidaire agréée Esus, soutient quant à elle des associations locales engagées contre le mal-logement.

Le grand âge et la petite enfance

Le vieillissement de la population est une autre priorité sociale. L’ESS s’empare de ce défi en soutenant des alternatives aux maisons de retraite classiques. Des projets tels que des résidences intergénérationnelles, comme les Cocoon’Age proposées par Eiffage immobilier, des habitats inclusifs, comme ceux mis à disposition par l’association Amaelles, ou encore des coopératives de services à domicile, privilégient l’autonomie de nos aînés et la convivialité.

Le secteur de la petite enfance est un autre pilier de la dynamique de l’ESS. Grâce à l’essor de l’ESS, les crèches associatives, haltes-garderies coopératives ou encore de réseaux de microcrèches solidaires se multiplient. Elles s’installent notamment dans des quartiers populaires ou des zones rurales, où la garde d’enfants se transforme parfois en casse-tête. Ces structures proposent des solutions d’accueil aux tarifs accessibles, adaptées aux horaires atypiques et ouvertes à la mixité sociale. Grâce au soutien de l’épargne solidaire, elles répondent à un double enjeu : favoriser l’éveil et la socialisation des tout-petits tout en permettant aux parents de se maintenir en emploi.

Urgence climatique et énergie

Les acteurs de l’ESS font partie intégrante du combat. Avec des coopératives énergétiques, des recycleries, des entreprises d’insertion dans le bâtiment durable ou des ressourceries qui gèrent la récupération et la valorisation de nos objets utilisés, l’ESS expérimente des modèles sobres, circulaires et ancrés localement. En refusant la logique de la surconsommation et de la rentabilité immédiate, ces structures mettent en lumière de nouvelles façons de consommer et de produire. Les réseaux tels qu’Enercoop, coopérative énergétique, ou Rejoué, spécialisé dans la revalorisation de jouets, sont des exemples de cette démarche. A l’heure où la neutralité carbone est un objectif capital, ces entreprises prouvent que la transition écologique ne s’en tient pas qu’à la technologie mais aussi à la gouvernance collective et la solidarité .

L’agriculture

L’ESS occupe également une place croissante dans le monde agricole, notamment par le biais des foncières solidaires et des coopératives paysannes. Ces structures soutiennent les jeunes agriculteurs, souvent exclus du marché classique en raison de la spéculation, dans leur installation. Des organisations comme Lurzaindia, Terre de Liens ou Fermes d’avenir achètent des terres avec l’épargne solidaire pour les proposer à la location à des paysans engagés dans une agriculture respectueuse de l’environnement (lire page IV). Ainsi sont valorisés l’agriculture biologique, la vente directe et les circuits courts. En parallèle, les coopératives d’utilisation de matériel agricole (Cuma) soutiennent l’entraide entre agriculteurs et le partage de ressources. L’objectif se situe désormais dans l’assurance d’une juste rémunération du travail de la terre, le renforcement du lien entre agriculteurs et consommateurs et la préservation des sols.

La santé

Dans ce domaine, l’ESS se distingue grâce à sa capacité à concilier économie et accès universel aux soins. Qu’il s’agisse des mutuelles, des associations médico-sociales, des coopératives de santé ou des structures d’accompagnement à domicile, tous ces acteurs jouent un rôle majeur dans un contexte de désertification médicale. Ensemble, ces acteurs participent à la prévention, à la coordination des parcours de soins, et au maintien de l’autonomie des patients. Des coopératives de professionnels ou les réseaux Mutualité française et ADMR portent des initiatives comme les maisons de santé pluridisciplinaires.

La volonté est de remettre le patient au centre du dispositif de santé. Le modèle participatif de ces structures crée un lien de confiance et d’écoute tout en s’adaptant aux besoins médicaux des territoires. L’ESS devient ainsi un laboratoire d’innovation sociale en maintenant la santé comme le bien commun qu’elle est, à défendre collectivement.

L’insertion et le «vivre ensemble»

Les effets de la finance solidaire se retrouvent enfin dans des initiatives de proximité comme des épiceries associatives, des théâtres à prix libre, des tiers-lieux ou encore des services de mobilité solidaire en zones rurales et bien d’autres encore. Ces projets contribuent au maintien des services essentiels dans des territoires parfois délaissés. Chaque euro placé dans un fonds soli daire peut ainsi se traduire par un emploi d’insertion, un projet culturel accessible ou un commerce équitable pérennisé.

Dans la même rubrique