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L’émancipation économique des femmes : un combat qui nous engage tous

Face aux violences conjugales, les entreprises ont un rôle à jouer, plaide Eric Petitgand, directeur général de Crédit Mutuel Alliance Fédérale.

Manifestation à Paris, le 22 novembre 2025. (Cha Gonzalez/Libération)
Par
Eric Petitgand
directeur général de Crédit Mutuel Alliance Fédérale
Publié le 25/11/2025 à 9h11

A l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, le 25 novembre, reportages, analyses et témoignages. Un dossier réalisé en partenariat avec le Crédit Mutuel.

Si les violences économiques sont une forme de violence conjugale, leurs effets ne relèvent pas uniquement de la sphère privée. Elles ont des répercussions économiques et sociales majeures lorsqu’elles conduisent à l’exclusion du marché du travail ou à une précarité durable. Et si elles concernent d’abord les victimes, elles nous concernent tous, et particulièrement les acteurs économiques que nous sommes.

Dans les entreprises, parfois sans le savoir, nous pouvons côtoyer des collègues ou des clientes victimes de violences conjugales. Comment, dès lors, rester impassibles face à ces réalités ?

La question se pose d’abord aux entreprises en tant qu’employeurs. Lorsqu’elles sont au travail, les victimes de violences conjugales restent lestées par la tragédie qu’elles subissent. En France, 83 % d’entre elles ont déploré des effets négatifs au travail que l’on peut évidemment comprendre. Absences, retards, difficultés à être pleinement concernées par leurs tâches : autant de signaux faibles qui doivent nous alerter. Les violences conjugales ont un coût économique pour les victimes elles-mêmes d’abord et les entreprises.

Au cœur des parcours d’autonomie financière

Les employeurs ont un rôle à jouer. Bien sûr, pour venir en aide aux salariées concernées. Il peut parfois arriver que celles-ci évoquent leur situation avec un de leur collègue, mais 70 % des femmes victimes de violences conjugales jugent inapproprié d’en parler dans la sphère professionnelle. Mettons fin à ce tabou. Le lieu de travail doit devenir un lieu d’écoute, qui aide à agir et à réagir. Pour cela, les entreprises doivent mettre en place des dispositifs adaptés, qui permettent de trouver des solutions et d’accompagner, sans jugement.

De manière plus générale, les entreprises doivent travailler sur tous les enjeux de discrimination dont les femmes sont encore victimes, en veillant à l’égalité salariale, l’accès équitable aux postes à responsabilité, la lutte contre le sexisme ordinaire…

Les entreprises du secteur bancaire ont aussi un rôle particulier parce qu’elles sont au cœur des parcours d’autonomie financière : ouverture de compte, accès au crédit, gestion du patrimoine, accompagnement dans les moments de rupture. Sans s’immiscer dans la vie privée de leurs clients, les banques peuvent contribuer à la prévention des violences économiques par une meilleure information et du conseil. L’autonomie commence par un compte à soi – complément indispensable au compte joint –, des moyens de paiement maîtrisés, une capacité à épargner et à emprunter.

Une question de justice sociale

Bien sûr, ce combat dépasse les entreprises. Il appelle une mobilisation collective des entreprises, des pouvoirs publics, et bien sûr des associations dont il faut saluer l’action. Partout en France, elles assurent l’accompagnement et la prise en charge des victimes. Et nous, acteurs économiques, avons les moyens d’agir dès maintenant. Faisons-en une priorité stratégique parmi nos engagements sociaux. Les violences économiques prospèrent dans l’ombre et le silence. Mettons-les en lumière.

L’émancipation financière des femmes est une question de justice sociale dont ne peuvent s’exonérer les acteurs économiques. Si la prise de conscience de ce que sont les violences économiques est récente, des progrès ont été rapidement accomplis. Mais soyons lucides et humbles face à ce qu’il nous reste à faire. Après plusieurs siècles d’infériorisation économique des femmes, le chemin est encore long.

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