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Récit

«Les Jours sauvages», ascension à la marche

Après leur documentaire, un livre revient sur l’expédition de quatre alpinistes, ayant vécu cinquante jours en autonomie totale au fin fond de l’Alaska.

(L’Endroit)
Publié le 30/11/2025 à 14h09

Alexandre Marchesseau est l’une des chevilles ouvrières de l’association Boutch à Boutch, un terme qui dans le patois de la vallée du Trient (dans le Valais suisse) signifie bourru, buté et parfois peu aimable… Façon ironique de désigner ces montagnards réputés «taiseux», réservés, économes de leurs mots et gestes. Avec Aurélien Lardy, skieur (de pente raide, entre ­autres), et ses collègues guides de haute montagne, Christophe ­Tricou et Hélias Millerioux, Alexandre Marchesseau a fait mentir ce cliché en écrivant un livre, récemment sorti aux éditions Glénat, sur l’expédition de cinquante jours que les quatre hommes ont menée en Alaska en 2023 (1). On y découvre leurs exploits face aux éléments, dans la nature sauvage de l’Alaska : 100 kilomètres à skis en tirant plus de 110 kg de matériel sur des pulkas, remorques des neiges. Leur objectif : rejoindre, gravir puis skier le Denali, plus haut sommet d’Amérique du Nord. C’est rigolard, espiègle et enlevé.

Dans le documentaire, réalisé au lendemain de l’expédition (2), Alexandre Marchesseau raconte : «J’en ai marre de lutter constamment pour me réchauffer. La nuit, le jour, tout le temps. Nous parlons et rêvons de surf et de chaleur […]. Dans notre monde présent, tout est usant pour le corps et l’esprit. Nous nous transformons tranquillement en bestioles, et c’est assez jouissif.»

«Déposséder de cette vallée»

Ce n’est pas la première aventure du quatuor. Ils ont derrière eux un «incubateur d’initiative citoyenne» dans la vallée de Chamonix. Leur première initiative, en 2013, s’est faite avec un jardin partagé devenu leur QG, puis est venu un festival autour des ascensions pour mettre en avant la culture montagnarde et Chamonix. «Avant d’être une station de sports d’hiver, c’était un village, note Alexandre Marchesseau. On a l’impression qu’on s’est fait déposséder de cette vallée par d’énormes événements comme l’Ultra-Trail qui nous pourrissent la vie. On voudrait replacer le citoyen au centre du village. Beaucoup de gens d’ici le souhaitent aussi, même si, au début, ils nous prenaient pour des marxistes révolutionnaires». Et de poursuivre : «On ne veut pas faire de politique. On propose des choses qui manquent aux citoyens, comme le ski pour tous, , qui consiste en deux matinées d’enseignement par saison pour ceux qui ne connaissent pas le ski dans la vallée. Tout le monde pensait : “Tout le monde sait skier” dans le coin. Eh bien non ! Il y avait un besoin dans la vallée.»

Alexandre Marchesseau compte les trois piliers qui l’ancrent dans la vallée: «Guide et moniteur. En travaillant avec association Boutch à Boutch [qui milite pour le développement de la participation citoyenne et du lien social sur la vallée de Chamonix, ndlr], j’ai réalisé ce troisième objectif, un engagement associatif.» Une façon de rompre avec les expéditions longues, les voyages à Katmandou, l’utilisation des quatre-quatre, cette «forme de néocolonialisme», loin de ses valeurs et de sa vision du monde.

(1) Les Jours sauvages, édition Glénat (2025), 144 pp., 26 euros.
(2) Les Jours sauvages, documentaire de Yohan Guignard, 82 minutes (2024).
Pour aller plus loin :

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