Libération, partenaire du nouveau cycle de conférences organisé par la Cité des sciences et de l’industrie, proposera régulièrement articles, interviews ou tribunes sur les sujets abordés. Ci-dessous la vidéo de la rencontre du 16 mars.
Le système vestibulaire est très complexe. Il faut dire que l’organe sensoriel qui a émergé chez les êtres vivants il y a environ 500 millions d’années, d’après le chercheur en neurophysiologie Stéphane Besnard, a eu le temps d’évoluer. Il tient un rôle majeur dans notre équilibre. C’est lui qui est responsable de notre perception de la gravité terrestre, du haut et du bas. La vision et la proprioception - la capacité de connaître la position de notre corps - complètent les éléments nécessaires à notre stabilité. Ce savant mélange d’informations sensorielles est collecté pour permettre la représentation de soi-même dans l’espace et conditionne notre mémoire spatiale.
Défier la gravité
Certains moments de la vie vont cependant voir ce système se dégrader ou se dérégler. C’est le cas de la vieillesse, mais pas seulement. Nous pouvons tous connaître des troubles du système vestibulaire. Dans ce cas, les symptômes ressentis vont de vertiges à des pertes d’équilibre en passant par la difficulté à percevoir les hauteurs.
Un endroit spécifique grippe aussi cette mécanique bien huilée : l’espace. Lorsque les astronautes s’y déplacent, ils sont en dehors de la gravité. «L’oreille interne continue de fonctionner mais ils ne ressentent plus la gravité, donc ils présentent des caractéristiques proches d’une carence de l’oreille interne», détaille Quentin Montardy, chercheur en neurosciences. C’est ce qui explique la désorientation dont ils sont parfois victimes, notamment dans les premiers jours de leur arrivée. «Mais la perte de gravité crée aussi une émotion fantastique», poursuit le chercheur. Car perturber notre équilibre crée des émotions.
Il suffit pour s’en convaincre de s’imaginer enfant (ou non !) sur une balançoire, transpercer joyeusement l’air, toujours plus vite, toujours plus haut. Ou bien encore, euphoriques, bien installés dans les montagnes russes qui nous donnent des haut-le-cœur. Ces émotions fortes et positives, procurées par des moments suspendus, viennent de notre vestibule. C’est ce «lien réciproque et bilatéral» entre nos perceptions et nos ressentis émotionnels qu’explore Quentin Montardy.
Emotions négatives
Et il semble qu’être de simples observateurs entraîne des sensations similaires. C’est le cas lorsque nous regardons des trapézistes ou encore des funambules défier la gravité. «Nous avons une partie du cerveau qui nous permet de ressentir les émotions des autres – ce que l’on peut assimiler à l’empathie – et nous pensons que de la même manière, nous pouvons ressentir une partie de leur sensation», précise le chercheur. «Il y a aussi des personnes qui vont être très sensibles à la peur des hauteurs, mais leurs réactions de crainte, parfois violentes, vont se produire uniquement en voyant quelqu’un d’autre s’approcher du vide, et là, ce sera la panique».
Car les émotions «négatives» ne sont pas en reste. La relation entre la peur et la fonction vestibulaire a d’ailleurs été démontrée au niveau comportemental, mais les réseaux cérébraux qui contrôlent ces émotions sont encore en cours d’étude. Les personnes qui développent des troubles vestibulaires majeurs déclenchent souvent une forte anxiété ou des symptômes dépressifs. A l’inverse, si elle est une réaction saine qui nous sert à appréhender les dangers, la peur de la chute peut «dérailler» et faire place à un mode d’hypervigilance permanent, proche d’un syndrome post-traumatique. Comprendre les mécanismes qui mettent en jeu le vestibule dans ce cas permettrait d’envisager des traitements de ce trouble, en complément d’une prise en charge psychologique. C’est tout l’enjeu de la recherche actuelle.