Culture, éducation, justice, information, sciences… Syndeac, le syndicat national des entreprises artistiques et culturelles, organise en 2025 une série de débats pour souligner le rôle et l’importance des services publics dans la société. Une série d’événements dont Libération est partenaire. Prochain débat, «Information, sciences et complotisme», le 24 novembre à Nancy.
Les attaques visant les institutions scientifiques, leurs acteurs et les résultats de la recherche se multiplient partout dans le monde. Les sciences du climat et les sciences sociales en sont les premières cibles, comme d’ailleurs toutes les disciplines qui œuvrent à une société plus juste, plus durable, plus lucide. On pense aux régimes autoritaires, à certaines dérives observées aux Etats-Unis… Mais nous devons aussi être conscients que ces dynamiques traversent désormais l’Europe et la France.
Ce moment historique, parfois inquiétant, impose un sursaut collectif : réunir toutes les énergies pour réaffirmer l’importance de la science comme fondement de nos sociétés et pilier de nos démocraties.
En France, les universités remplissent les missions confiées par l’Etat : former les citoyennes et citoyens d’aujourd’hui et de demain, produire et diffuser les connaissances issues de la recherche, contribuer à l’innovation et au développement économique, irriguer la société par la culture scientifique et technique. Pourtant, dans un paysage politique et médiatique de plus en plus polarisé, où la simplification prime trop souvent sur la rigueur, l’enseignement supérieur et la recherche se trouvent fragilisés.
La science n’a pas vocation à plaire
L’Université se définit aussi (et peut-être même avant tout) par son exercice de la liberté académique. Celle-ci garantit à chacune et chacun la possibilité d’enseigner, de chercher, de publier et de débattre à l’abri de toute pression politique, économique ou religieuse.
La liberté académique n’est ni une abstraction ni un privilège : c’est la condition de la vitalité de la recherche, de la qualité de la formation et, plus largement, de la santé démocratique. Lorsqu’elle est menacée — par l’ignorance, la caricature ou la mise en cause systématique des savoirs — ce n’est pas seulement la communauté universitaire qui est visée, mais la société tout entière. Les polémiques récentes l’ont montré : sans liberté académique, il n’existe ni science indépendante, ni connaissances fiables pour nourrir le débat, ni citoyenneté éclairée.
La science n’a pas vocation à plaire : elle questionne, dérange parfois, mais toujours pour mieux éclairer.
La science est un bien commun
Dans ce combat, la science ouverte occupe une place décisive. En rendant données, publications et méthodes plus accessibles, elle permet à chacun de vérifier, comprendre, débattre et réutiliser les résultats de la recherche. Transparence, partage et reproductibilité sont les meilleurs antidotes contre la désinformation et les manipulations.
La science ouverte renforce la confiance du public dans les savoirs et garantit que la connaissance reste un bien commun, jamais accaparé par quelques-uns.
L’irruption de l’intelligence artificielle accentue encore l’urgence à défendre ces principes. Fragmentation des sources, diffusion fulgurante de fausses nouvelles, confusion entre opinion, croyance et savoir : autant de mécanismes qui nourrissent complotisme et populisme, affaiblissent la confiance dans les institutions et peuvent même influencer les processus électoraux. Il faut donc mobiliser tous les leviers : éducation, formation des enseignants, recherche, culture scientifique, science ouverte.
Les universités face au défi du complotisme
Face à la montée du complotisme et à la défiance envers la science, les universités ne sont pas seulement des lieux de transmission ; elles sont des espaces où l’on apprend à raisonner, à douter, à vérifier, à confronter les idées. Elles forment à la méthode scientifique autant qu’aux savoirs eux-mêmes.
Nous assumons pleinement notre rôle de refuge de raison et de liberté. Chaque année, nous accueillons des chercheurs qui ne peuvent plus exercer librement dans leur pays. L’Université demeure un lieu ouvert et inclusif, où circulent les idées, les personnes et les cultures.
C’est là notre responsabilité : protéger celles et ceux qui font vivre le savoir, et offrir à nos étudiantes et étudiants les compétences, l’esprit critique et la capacité d’imaginer l’avenir dont dépendra la vitalité de notre démocratie.




