Comment réconcilier métropoles et campagnes, périphéries et centres-villes, écologie et habitat ? Plongée, en partenariat avec Popsu (la Plateforme d’observation des projets et stratégies urbaines) dans les initiatives qui améliorent les politiques urbaines.
Au nord s’étendent les grands causses du Larzac, au sud s’étirent les plages de la Méditerranée, pourtant, c’est une atmosphère bien urbaine qui règne à Lodève. L’industrie textile qui a longtemps fait rayonner la ville s’est éteinte en 1960, et tandis que les ménages les plus aisés se sont établis sur les coteaux alentour, le cœur de la commune s’est dégradé : le quartier prioritaire de la politique de la ville couvre l’ensemble du centre ancien ainsi que ses pourtours. Là, près de la moitié des habitants vit sous le seuil de pauvreté ; un quart des logements a été répertorié comme vacant ou indigne.
«Parmi les dix villes sélectionnées par Quartiers de demain, notre commune est la seule dont l’ensemble du cœur de ville est concerné par ce programme, souligne Gaëlle Lévêque, maire de Lodève. Avec ses 7500 habitants, c’est aussi la commune la plus petite, et la seule située en milieu rural.» Mais c’est sur une autre singularité que la sous-préfecture de l’Hérault compte bien miser : deux rivières, la Lergue et la Soulondres, ceinturent le centre-ville. Or les berges, actuellement dégradées et sous-exploitées, offrent un beau potentiel. Pourrait-on redécouvrir ces espaces patrimoniaux et les transformer en parc urbain ?
Aménagements cosy
Cette ambition s’inscrit au cœur du projet porté par Simon Teyssou, fondateur de l’Atelier du rouget, installé dans le Cantal, et désigné lauréat de la consultation internationale. «Dans le centre-ville dense et paupérisé de Lodève, les habitants ne possèdent ni terrasses, ni loggias, ni balcons. Les espaces publics ne compensent pas ce handicap car ils sont dédiés à la voiture, explique l’architecte. Les berges offrent cette opportunité : proposer des espaces arborés et des jardins à ces habitants, nombreux à ne pas pouvoir partir en vacances.»
Ce projet, qui repose sur un parc linéaire au pied de la vieille ville, comprend des aménagements cosy à l’échelle d’une famille, des espaces plus vastes pour les pique-niques, les activités sportives, culturelles et associatives, ainsi qu’une plage située à la confluence des rivières. La création de nouveaux franchissements des cours d’eau doit en outre améliorer les déplacements au sein de la commune ainsi que la reconnexion entre ses quartiers, également facilitée par de nouveaux cheminements.
«La question des mobilités s’impose à Lodève comme un enjeu réel, que ce soit dans l’enceinte de la ville ou bien vers l’extérieur, analyse Simon Teyssou. Lodève se situe en effet à une cinquantaine de kilomètres de Montpellier, et elle est dépourvue de liaison ferroviaire. Or de nombreux habitants du centre-ville paupérisé ne possèdent pas de voiture. Ils sont donc en quelque sorte assignés à résidence.» Parallèlement, l’architecte note «l’omniprésence en cœur de ville de la voiture» : les habitants plus aisés, et motorisés, alimentent une circulation qui pénalise l’espace public, tout comme les multiples parkings. En se réappropriant ses berges débarrassées des voitures, Lodève peut ainsi offrir des espaces de quiétude à ses habitants. «Créer des liens entre eux est devenu une urgence car notre ville compte trop peu de lieux publics conviviaux, insiste Gaëlle Lévêque. Ce projet propose des îlots de fraîcheur et de verdure, il permettra de se retrouver dans des espaces qualitatifs. Il va améliorer la vie des habitants et leur cadre de vie, ce qui constitue un apport énorme.»
Valoriser les berges, retrouver des rives qui nous lient : ce concept a recueilli un même enthousiasme au sein du jury citoyen constitué à Lodève, et dont faisait partie la Manufacture des pays, une association dont la devise, «penser collectivement le patrimoine de demain», en dit long sur l’intérêt porté à la vie de la ville. «Nous évoquions depuis des années de tels aménagements car notre centre-ville tourne le dos à ses rivières, témoigne Bernard Vivien de la Manufacture des pays. Nos avis ont été écoutés par les équipes conceptrices. Nous avons pu leur faire part de nos propositions sans aucune censure. Ce fut une expérience hautement pédagogique.» Quant au projet retenu, Bernard Vivien se prononce sans hésitation : «Cette vision de reconfiguration du centre-ville sera positive pour Lodève. Elle va forcément être favorable pour la vie des habitants.»




