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SOS Méditerranée : «On doit contredire ceux qui pensent que les migrants viennent en France pour se faire recoller les oreilles»

Trois bénévoles parisiennes de SOS Méditerranée racontent leur engagement loin de la mer.

(Stephane de Sakutin/AFP)
Publié le 24/11/2025 à 8h06

Depuis sa création en 2015, l’association de sauvetage en mer a sauvé la vie à plus de 42 000 exilés en détresse. Témoignages, reportages et rencontres à l’occasion de leur soirée« L’Escale Solidaire » au Châtelet le 1er décembre.

Laura, graphiste de 27 ans ; Claire-Marie, éducatrice spécialisée de 41 ans et Brigitte, coach en entreprise de 64 ans, sont toutes trois bénévoles à SOS Méditerranée. Comment sont-elles arrivées là ? Elles racontent…

Laura : «j’ai entendu parler du bateau Ocean Viking arrivé à Toulon en 2021». Pour Claire-Marie, c’est en juin 2023, un événement qui l’a marquée : ce navire au large de la Grèce qui a coulé avec plus de cinq cents personnes à bord. «Cela m’a foutu les poils, je me suis sentie impuissante. J’ai assisté à une réunion de formation pour les bénévoles de SOS et depuis je suis là, plusieurs fois par semaine.»

Brigitte avait une amie à SOS depuis 2018. Elle devait tenir un stand à Rock en Seine. Elle se dit tournée vers la mer, car elle vit entre Paris et la Bretagne et fait de la voile. «Sauver des vies en mer, cela m’a parlé. En mer, quand tu as un copain dans la merde, tu vas l’aider.»

Elles militent toutes le trois à Paris. «C’est une histoire d’humanité, des gens meurent. Il y a moyen de faire des actions pour que cela n’arrive pas, explique Laura. Dans mon entourage beaucoup demandent : “qu’est-ce qu’on fait depuis Paris ?”. On répond : “de la présence”. On sensibilise les gens dans les grandes villes. Dans la capitale, il y a énormément d’associations, on cherche des sous…» Claire-Marie ajoute : «On fait partie du pôle événementiel, on tient des stands, on explique ce qui se passe en Méditerranée, on recherche de nouveaux bénévoles, on participe à la sensibilisation scolaire».

Les réactions ? «Cela dépend des endroits. Dans certains lieux, le public est averti, on a moins besoin de faire de la pédagogie. Les gens sont déjà convaincus du bien-fondé de notre action. Des fois, c’est plus dur; Nadine Morano nous a taxés de “taxi à migrants” mais au festival Solidays beaucoup de jeunes connaissent le droit international et sont au courant de ce qui se passe.»

L’association leur donne envie de rester, de continuer à se battre, car selon elles, SOS fait attention aux bénévoles. «On n’arrête pas de grossir : 230 bénévoles à Paris, plein de choses à proximité». Et toujours cette fierté s’engager dans un «combat énorme» ayant du sens.

Toutes regrettent de ne pas savoir ce que deviennent les migrants une fois débarqués à terre car SOS ne gère pas le suivi. «C’est souvent la Croix rouge italienne qui prend le relais. Mais parfois, on reçoit un coup de fil et quelqu’un nous dit: “vous m’avez sauvé en 2019″»

Elles s’insurgent contre les émissions télévisées (essentiellement du groupe Bolloré) qui ne cessent de marteler : «les migrants, il y en a trop, il faut les renvoyer chez eux». «Les gens qui caricaturent ont tellement la parole», soupire Laura.

Et puis, il y a toutes ces fadaises qu’elles doivent sans cesse rectifier. «Cette personne qui voulait me convaincre qu’on ne servait à rien, énonce Brigitte, qu’on faisait le lit du RN ou qu’on aidait des gens qui allaient piquer dans les caisses de l’Etat. On doit aussi contredire ceux qui pensent que les migrants sont mieux soignés que nous, qu’ils viennent en France pour se faire recoller les oreilles (sic). C’est du même acabit que Donald Trump et les migrants qui mangent les chats et les chiens

Et Laura de souligner que concernant l’AME (Aide médicale d’Etat), 70 % des personnes qui pourraient en bénéficier ne le savent pas et que «la sensibilisation scolaire a grand un intérêt» et qu’elle aurait adoré avoir ça à l’école, « parce que ça te fait grandir».

Un souhait pour conclure ? «On adorerait monter sur le bateau !», répondent-elles en chœur.

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