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Climat Libé Tour Paris : reportage

Paris surchauffe, comment s’adapter ?

Transports, architecture, habitudes de vie… Face au changement climatique, tous les aspects de la ville et de la vie de ses habitants sont à réinventer. Le temps d’un week-end, le Climat Libé Tour a exploré les pistes de réflexion.

La ville de demain devra résister aux risques d’inondations et de fortes chaleurs. (Corentin Renoult)
Par
Maëlle Roudaut
étudiante au Centre de formation des journalistes
Publié le 23/03/2023 à 11h17, mis à jour le 23/03/2023 à 11h37

Lorsqu’elle est devenue l’Académie du climat il y a deux ans, la mairie du IVe arrondissement de Paris a vu son majestueux escalier de pierre repeint, de bas en haut, du bleu ciel au cramoisi. Se retrouver en bas de ces marches, c’est faire face à un constat brûlant : celui de l’augmentation des températures à Paris ces dernières années. Première marche 1984 : 11,8 °C. Quelques marches plus haut, 1994 : 13,2 °C. Le «thermomètre escalier» monte jusqu’à 13,7 degrés, en 2014. S’il pouvait grimper jusqu’à 2022, on verrait que, depuis l’ère préindustrielle, Paris s’est réchauffée de 2,3 °C. Une tendance qui n’est pas près de s’inverser.

De quoi donner le ton de cette deuxième étape du Climat Libé Tour. Après un arrêt à Bordeaux début février, le festival a posé ses valises à la mi-mars à l’Académie du climat à Paris, pour s’attaquer durant trois jours devant quelque 6 000 personnes à une question bouillante : comment adapter Paris à l’ère du changement climatique ?

Premier élément de réponse, dès la table ronde d’ouverture, avec François Gemenne, politologue et coauteur du dernier rapport du Giec. «Nous n’avons plus le luxe de choisir entre les stratégies d’atténuation et d’adaptation. L’enjeu ce n’est pas de savoir s’il faut réduire nos émissions de gaz à effet de serre ou plutôt nous adapter aux impacts du changement climatique : l’enjeu c’est de faire les deux, et les deux sont complémentaires !»

Il est urgent d’agir, et d’anticiper à la fois. Paris à l’époque du changement climatique, ce sont des mégacanicules, plus longues et plus intenses. Il faut par exemple s’attendre à trois fois plus de nuits tropicales, celles où la température ne descend pas en dessous des 20 °C, dans les dix années à venir. «Le climat de Paris ressemblera bientôt à celui d’une ville comme Séville», résume Dan Lert, adjoint à la maire de Paris chargé de la transition écologique. Alors comment travailler, se déplacer, s’amuser dans une ville qui surchauffe ?

«Paris n’a pas la culture du chaud»

Selon les scientifiques qui accompagnent la ville, un pic de chaleur à 50 °C n’est désormais plus exclu dans les années à venir. «Paris n’a pas la culture du chaud comme peut l’avoir Marseille par exemple, alerte Raphaël Lorca, essayiste et expert associé à la Fondation Jean-Jaurès.. Nous devons urgemment nous inspirer des villes du sud et de leur organisation face à la chaleur.» Peut-être alors que les jumelages du futur ne se feront plus autour des échanges culturels entre les villes, mais autour des bonnes pratiques climatiques.

Quelques mètres plus loin, assis à la table ronde sur l’architecture de demain, le paysagiste et ingénieur architecte Bas Smets s’exclame : «Chaque feuille compte ! Chaque feuille d’arbre réduit à la fois la cause et les effets du changement climatique.» La ville de Paris assure vouloir planter 170 000 arbres d’ici à 2026. En plein été, sous un soleil de plomb, se réfugier sous un arbre permet de perdre jusqu’à 4 °C. Au-delà de contribuer à refroidir la capitale, les arbres sont aussi essentiels pour préserver sa biodiversité… A condition qu’ils soient plantés correctement : avec des essences variées et adaptées.

Rendre Paris supportable en pleine canicule, c’est aussi limiter le nombre de voitures qui y circulent. «Les véhicules thermiques apportent de la chaleur supplémentaire en ville. Dans les rues étroites, on parle de deux à trois degrés supplémentaires, indique Alexandre Florentin, président de la mission Paris à 50 °C. On pourrait mettre en place des plans de circulation lors des canicules, durant lesquelles perdre un ou deux degrés devient précieux.»

Mais transformer Paris ne doit pas se faire sans justice sociale. Le Giec met en garde dans ses rapports : les habitants de la ville ne sont pas tous égaux face au changement climatique, et les ménages les plus pauvres sont les plus touchés par ses effets. «On a quatre fois plus de chances de mourir pendant la canicule si l’on vit sous les toits», alerte Alexandre Florentin. Les femmes, du fait de leur statut socio-économique, sont elles aussi en première ligne des effets du changement climatique. «Lors des feux de l’été dernier, 50 % des victimes étaient des femmes de plus de 60 ans», rappelle Eva Sadoun, fondatrice de Lita.co, invitée de la table ronde «Les femmes dans l’œil du cyclone climatique». Et la lutte contre ces inégalités climatiques et sociales commence dans les organes de décisions, où les femmes sont encore trop souvent sous-représentées.

Une transition par et pour les habitants de la ville

Paris doit s’adapter, et ses habitants font partie du changement. Ils doivent alors réinventer leur manière de se loger, de se nourrir, de s’habiller. Le défi est vaste, mais les idées ne manquent pas, y compris chez les plus jeunes : «Ça, c’est un bout de jean, et ça, c’est un bout de tee-shirt… Avec les deux j’ai cousu un sac réversible !» sourit Basile, 8 ans. Posté à l’atelier couture depuis une heure, il vient de découvrir l’upcycling : l’art de créer du neuf avec du vieux.

Durant le week-end, les participants du Climat Libé Tour participent à une vingtaine d’ateliers de ce genre. Au deuxième étage, l’atelier «Les Petits Déménageurs» donne un objectif casse-tête aux visiteurs : celui de construire la ville la plus adaptée au changement climatique. Face à la dizaine de participants, Pauline Gauthier, bénévole de l’association ASTS et animatrice de l’atelier, place deux pots sous une lampe chauffante : un de peinture noire, l’autre de peinture blanche. Après quelques minutes, le relevé est sans appel, la coupelle avec la peinture noire est la plus chaude. «C’est exactement le même principe avec le goudron, explique-t-elle, il absorbe la chaleur.»

Pour éviter que la ville ne surchauffe, on remplace le goudron par des surfaces claires, ou – encore mieux – des espaces verts. «Aussi parce que ces jardins peuvent absorber l’eau, contrairement aux routes», comprend Monique, retraitée. Autour d’elle, on s’affaire à bâtir une ville résiliente : en carton et papier crépon, la ville de demain naît sous les yeux des participants. L’essentiel, c’est qu’elle résiste aux risques d’inondations et de fortes chaleurs.

Chaque atelier s’attache à donner la place à de nouveaux imaginaires. «L’ensemble de ces récits, qu’ils prennent la forme de jeux, de livres, de dessins ou encore de films, préparent les citoyens à la ville de demain», veut croire Alessandro Pignocchi, auteur engagé de bande dessinée.

Nous sommes dimanche. Sous les hauts plafonds de la majestueuse salle des fêtes de l’ancienne mairie retentit une symphonie : celle de l’orchestre du nouveau monde. 65 jeunes musiciens, venus jouer avec leurs tripes pour la planète. A l’entracte de deux morceaux, les applaudissements émus retombés, le chef d’orchestre prend la parole : «Avec ce concert aujourd’hui, nous avons envie de vous montrer de nouveaux récits. On peut certes s’imaginer des catastrophes mais il est aussi possible de penser le monde de demain et de le construire ensemble. Nous espérons réussir à vous montrer qu’être dans l’action, c’est aussi quelque chose de beau et de joyeux.»

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