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Climat Libé Tour Paris : reportage

Parlementaires éphémères pour propositions durables

Les 11 et 12 mars à Paris, pour la seconde étape du Climat Libé Tour, le «parlement génération transition» réunissait de jeunes volontaires pour leur faire imaginer le Paris de 2040.

Le Climat Libé Tour a posé ses valises à l'Académie du climat, à Paris, les 11 et 12 mars. (Corentin Renoult)
Par
Coppélia Piccolo et Elsa Teiton
étudiantes au Centre de formation des journalistes
Publié le 23/03/2023 à 12h20
Transports, architecture, habitudes de vie… Face au changement climatique, tous les aspects de la ville et de la vie de ses habitants sont à réinventer. Le temps d’un week-end, le Climat Libé Tour a exploré les pistes de réflexion. Un événement auquel se sont associés des élèves du Centre de formation des journalistes.

Les dorures côtoient les anges de la Renaissance peints au plafond. De grands rideaux pourpres encadrent les fenêtres s’élevant jusqu’aux lustres. Un drapeau européen flotte au vent au-dessus du parvis de l’Académie du climat, située dans le IVe arrondissement de Paris, qui accueille ces 11 et 12 mars, le «Climat Libé Tour» pour la deuxième étape de son tour de France. Dans la salle des mariages, au deuxième étage, le «parlement génération transition» s’installe. Une quarantaine de jeunes, entre 15 et 25 ans, ont la mission d’imaginer le Paris de demain à travers six propositions concrètes. Celles-ci seront restituées aux décideurs publics à la mairie de Paris. «Je trouve pertinent de nous qualifier de génération miracle : s’il faut faire la révolution, on la fera», introduit Féris Barkat, cofondateur de l’association Banlieue Climat. Face à lui, les jeunes parlementaires éphémères acquiescent.

Destination Paris 2040

«En 2050, du climat de quelle ville se rapprochera celui de Paris ?» questionnent d’emblée les journalistes de Nowu, média axé sur l’écologie. Les jeunes votent massivement pour Istanbul. Bonne réponse. Presque tous les participants sont déjà sensibilisés aux questions du dérèglement climatique. «Cette initiative ne prêche que les convaincus», reconnaît Manon, 25 ans, membre d’une association établie à l’Académie du climat.

Quelques questions plus tard, l’assemblée se divise en plusieurs groupes. Chacun entame une réflexion sur une thématique liée à la transition écologique de la ville de Paris. «Fermez les yeux. Entamez votre voyage temporel dans la capitale en 2040. Vous partez faire vos courses pour un dîner entre amis», narre Clara, l’une des facilitatrices de l’événement. «Qu’allez-vous acheter ? Dans quel type de magasin ?» poursuit-elle. Autour de la table, quelques yeux se ferment. Les jeunes laissent libre cours à leur imagination. Laura griffonne ses premières idées. «On pourrait imaginer un réseau d’épiceries solidaires qui récupéreraient les invendus de la restauration collective», propose la jeune fille de 22 ans, en master de politiques publiques.

Dans la salle adjacente, les débats se concentrent sur les transports du futur. Léo dévoile son idée : amplifier l’offre de transport en commun, notamment la nuit et en périphérie. «Il faudrait aussi des nouveaux RER, mais sortir du schéma en étoile qui oblige toujours à passer par le centre de Paris», ajoute sa voisine.

A l’atelier «Se loger», les post-it se noircissent plus timidement. Après une heure de débat, les treize parlementaires débutants s’accordent : pour limiter l’émission de gaz à effet de serre, il faut généraliser les évaluations thermiques des logements et les rénover progressivement.

«Pourquoi pas organiser certains cours à l’extérieur, davantage de sorties dans des espaces naturels, et installer des potagers dans les cours de récré», s’enthousiasme Eta, cardigan brodé de marguerites multicolores sur les épaules. La proposition de la consultante climat pour les institutions financières est retenue par l’atelier «Eduquer». «J’imaginais aussi une cour beaucoup plus végétalisée», développe Pierre. Tous hochent la tête en signe d’approbation. Des débats moins houleux qu’au Palais Bourbon…

«Ici, on se sent légitimes pour prendre la parole»

Elisa, 24 ans, l’avoue : «J’ai tendance à être un peu timide. Mais avec cette organisation en petits groupes, c’est facile de s’exprimer et de proposer ses idées, sans avoir peur d’être jugé». Sedji, en master de développement durable, approuve. «On peut vraiment discuter et avoir une émulation avec des jeunes qui viennent de milieux différents», ajoute le jeune homme de 22 ans, présent durant les deux jours de débats. Mais il ne se fait pas d’illusions : «Je n’ai pas d’attente. Ce n’est que de la politique. Ils seront contents de dire qu’ils ont consulté des jeunes.»

Après les débats, l’heure est à la restitution. Pierre se dirige vers la salle des fêtes pour la présentation des six propositions retenues. «C’est difficile de se sentir écouté en tant que jeune. Ici, on peut s’impliquer et agir, bien plus que par le vote», précise-t-il. «Le parlement génération transition, et le fait que nos propositions puissent être reprises par la mairie, ça permet de court-circuiter la politique habituelle, c’est cool», explique Manon, habituée des lieux. Et d’ajouter : «C’est dur pour les jeunes d’être présents dans l’échiquier politique. Ici, on se sent légitimes pour prendre la parole.»

Sur l’estrade, devant un public nombreux et attentif, six rapporteurs se font les porte-voix du parlement. Peu habitués à ce genre d’exercice, certains gardent le micro éloigné. D’autres, pour se rassurer, plongent leur tête dans leurs notes. Dan Lert, adjoint à la mairie de Paris en charge de la transition écologique, écoute attentivement la proposition énoncée par le groupe «Se divertir». Les parlementaires novices proposent de rendre accessible à tous le matériel utilisé dans les établissements culturels, sportifs et artistiques, pour une économie vertueuse et solidaire. Le micro passe dans les mains du rapporteur du groupe «Se mobiliser» : «Les collégiens pourraient faire un stage de découverte et d’engagement dans une association engagée pour le climat.»

Les applaudissements du public retentissent pour féliciter ces idées novatrices. Face à leur succès, les jeunes parlementaires affichent des mines plus détendues. Solenn, pleine d’espoir, s’exclame : «Quand même, ça serait chouette que nos idées soient mises en place !»

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