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Tribune

Pour la dignité et la protection des personnes trans exilées

Il est urgent que la France garantisse un accueil digne sur son territoire. Une tribune du collectif Flirt.

Marche des fiertés LGBT+ à Paris le 28 juin 2025. (Carine Schmitt/Hans Lucas. AFP)
Par
le Collectif Flirt avec les associations Ardhis, Pastt, Planning familial, Wassla, XY média
Publié le 15/11/2025 à 8h57

Dans de nombreux pays, la répression contre les personnes trans s’intensifie. Bien que la France n’échappe pas à ces politiques transphobes s’inscrivant dans une extrême-droitisation globale, ces violences poussent à l’exil. Les conditions d’accueil des personnes trans, déjà soumises à des oppressions spécifiques, continuent de se dégrader. Des politiques publiques plus justes doivent impulser des évolutions.

L’accès à des logements décents et sécurisés

Les personnes trans subissent discriminations et violences dans leurs lieux d’hébergement, parfois même de la part des travailleur·ses sociaux·les, provoquant une insécurité psychologique qui aggrave leur précarité matérielle.

Conformément au « plan vulnérabilités » de 2021, 200 places LGBTQI+ ont été réservées dans l’hébergement spécifique aux demandeur·euses d’asile, associées à quelques formations pour le personnel. Ce dispositif reste largement insuffisant : nombre de femmes trans n’y ont toujours pas accès, la plupart dépassant le délai de 90 jours, et celles qui y accèdent dénoncent un cadre non sécurisant et des violences persistantes.

Les savoirs communautaires des associations doivent être reconnus en tant qu’expertise etmobilisés dans la formation des personnels sociaux. Des moyens financiers pérennes doivent être alloués à la création de places d’hébergement dignes et sûres.

La protection des travailleuses du sexe

Les politiques publiques délétères en matière d’asile et d’immigration ont déjà coûté la vie à des femmes trans par leur exclusion des dispositifs d’aide, laissant des communautés en deuil. En effet, un·e demandeur·euse d’asile est privé·e du droit effectif au travail, au mépris du droit européen. Bien qu’une allocation inférieure au RSA doive compenser, les refus ou cessations marginalisent des publics déjà précarisés. Ces conditions amènent de nombreuses femmes trans exilées à exercer le travail du sexe comme un choix d’autonomie dans un contexte de survie. Des politiques abolitionnistes et moralisatrices aggravent leur précarité, les exposent à la violence policière et à l’exclusion des dispositifs d’aide. Ces politiques répressives doivent être stoppées de toute urgence et les droits de toutes les travailleuses du sexe reconnus.

Un accès plus efficace aux dispositifs de santé

Une personne exilée doit attendre trois mois avant d’ouvrir ses droits à la sécurité sociale, auxquels s’ajoutent les lenteurs des CPAM. Cette rupture de soins est dramatique pour les personnes suivant un traitement hormonal ou rétroviral, avec des conséquences graves sur la santé: elle les expose notamment à une reprise de la charge virale ou au développement du sida, ainsi qu’à des déséquilibres hormonaux fragilisant profondément la santé mentale.

Des mesures doivent être prises pour mettre fin au délai de carence et pour prendre en charge les soins dès l’arrivée sur le territoire, afin de garantir la continuité médicale essentielle à la dignité de tou·tes.

Un examen de la demande d’asile adapté aux réalités multiculturelles

L’entretien à l’Ofpra constitue une étape décisive et éprouvante de la demande d’asile : celle où la personne exilée raconte son histoire - difficile, voire traumatique - pour justifier sa demande de protection, y jouant son avenir administratif. Pour les personnes trans, cette épreuve est aggravée : elles doivent prouver leur transidentité selon des critères occidentaux, qui ignorent la diversité des expériences trans. La conséquence directe peut être le refus du statut de réfugié. L’Ofpra doit réadapter son cadre d’évaluation aux réalités multiculturelles, et abandonner le prisme occidentalo-centré qui invisibilise la pluralité des expériences trans.

Il est urgent que la France garantisse aux personnes trans exilées un accueil digne, des soins continus et le respect de leurs identités. Les associations continueront à porter ces exigences jusqu’à ce qu’elles deviennent une réalité.

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