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Actionnariat

Pour les épargnants, l’autre «pouvoir de l’argent»

Si l’épargne sociale et solidaire passe souvent par des livrets ou des fonds spécifiques, une autre voie séduit de plus en plus : l’actionnariat.

Bien que la part de l’épargne solidaire des ménages ne s’élève qu’à 0,46 % de leur épargne totale, la dynamique sur les dernières années montre un intérêt croissant. (SvetaZi/Getty Images/iStockphoto)
Publié le 06/11/2025 à 15h37, mis à jour le 01/12/2025 à 16h52

Agriculture, énergies renouvelables, réinsertion, logement, tiers-lieux… En France et à l’étranger, la finance solidaire accompagne des projets innovants et fédérateurs. Analyses, reportages, portraits, tribunes… Un dossier réalisé en partenariat avec Fair, collectif de la finance à impact social.

L’économie sociale et solidaire (ESS) représente aujourd’hui en France une part non négligeable de l’appareil productif. Avec quelque 14 % de l’emploi salarié privé, l’ESS pèse par ailleurs, selon le ministère de l’Economie, environ 10 % du PIB, ce qui atteste de sa place significative dans le tissu économique. Un des marqueurs économiques les plus parlants de l’ESS est l’essor de l’épargne solidaire. En 2024, cette épargne a atteint 29,4 milliards d’euros d’encours, selon le baromètre de Fair – La Croix, soit une augmentation d’environ 7 % sur un an. Parmi les canaux d’épargne solidaire, deux dominent : l’épargne salariale solidaire, qui compte pour plus de la moitié de l’encours total (16,3 milliards d’euros fin 2024), et l’épargne bancaire solidaire (notamment les livrets solidaires, etc.), qui atteint 11,9 milliards.

Bien que la part de l’épargne solidaire des ménages ne s’élève qu’à 0,46 % de leur épargne totale, la dynamique sur les dernières années montre un intérêt croissant. Une croissance portée à la fois par un cadre réglementaire favorable et par une prise de conscience accrue du rôle que peut jouer l’argent des citoyens. «Les Françaises et les Français sont maintenant très conscients du pouvoir de leur argent», observe Patrick Sapy, directeur général de Fair.

Miser sur la confiance

A mesure que l’épargne solidaire prend de l’ampleur, les grandes organisations de l’ESS adaptent leurs stratégies pour capter l’attention des épargnants. Parmi les méthodes observées, on compte les produits financiers labellisés comme les produits Finansol, dont Fair gère la certification. «Finansol a labellisé environ 200 produits, précise Patrick Sapy. Et de se féliciter : Aujourd’hui, presque toutes les banques et quasiment tous les assureurs ont au moins un produit solidaire.»

Les acteurs de l’ESS, qui ont à cœur de toucher un public de plus en plus large, misent sur la confiance, les valeurs de solidarité, la proximité et la gouvernance démocratique. Les banques mutualistes ou les coopératives mettent en place des campagnes de communication pour faire valoir leurs engagements. Pour attirer des épargnants, les supports solidaires n’hésitent pas à abaisser les barrières : participation minimale basse, livrets ou options solidaires dans les assurances-vie, transparence sur les projets financés.

Les incitations fiscales jouent également un rôle majeur dans cette dynamique. Depuis presque vingt ans, il existe une réduction d’impôt de 25 % pour les investisseurs individuels qui placent leur argent dans une entreprise solidaire. Des avancées réglementaires qui ont eu un effet immédiat sur la progression des encours. Si l’épargne solidaire passe souvent par des livrets ou des fonds spécifiques, une autre voie est en plein boom : l’actionnariat solidaire. Plutôt que de prêter son argent à des projets sociaux et solidaires, il s’agit là de devenir directement actionnaire d’entreprises sociales ou coopératives. En prenant part à leur capital, les citoyens actionnaires soutiennent leur développement et participent aux décisions.

Voter avec leur portefeuille

Grâce à ce modèle, des entreprises d’insertion, des coopératives agricoles ou des structures culturelles peuvent se maintenir. Sans lui, elles n’auraient pas nécessairement eu accès aux financements classiques. Dans l’actionnariat solidaire, les actionnaires ont accès à une rentabilité de long terme ainsi qu’un impact social majeur. Avec des intérêts à la clé. «Par le biais d’incitations fiscales, on peut atteindre une rentabilité de 5 % sur cinq ans», souligne Julia Robin, responsable des affaires publiques chez Fair, battant en brèche les idées reçues.

Certaines sociétés coopératives, comme les Scop (Société coopérative et participative) dont les employés sont les actionnaires majoritaires, ou les SCIC (Société coopérative d’intérêt collectif), ouvrent également leur capital aux citoyens désireux de voter avec leur portefeuille.

Au-delà du rendement financier, cette place d’actionnaire dans l’ESS offre un retour sur investissement symbolique fort : la fierté de participer directement à l’essor d’une économie plus juste. Une forme d’investissement qui «permet aux citoyens d’aligner leurs valeurs et leur épargne, sans renoncer à une forme de rentabilité», conclut Julia Robin.

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