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Documentaire

Quand la Grande-Bretagne régnait sur les Alpes

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Présenté au festival d’Autrans, le documentaire «Grande-Bretagne, voyage aux sources de l’alpinisme» revient sur cette passion so british.
La face nord des Grandes Jorasses, dans le massif du Mont-Blanc. En souvenir de sa première ascension des Grandes Jorasses le 30 juin 1868, Horace Walker a laissé son nom à la pointe Walker (4 208 m), le plus haut sommet des Grandes Jorasses. (Mehdi Cherfaoui. CC BY-SA 3.0)
publié le 26 novembre 2024 à 13h41

S’attaquer aux voies verticales, gravir les plus hauts sommets… L’escalade ne vient pas des Alpes mais de Grande-Bretagne ! Les Anglais ont donc «inventé» l’alpinisme et son état d’esprit, comme le développe le documentaire Grande Bretagne, voyage aux sources de l’alpinisme (1) présenté au festival de montagne d’Autrans.

«Nous aussi on y est allés, mais pas pour pratiquer une activité ludique et sportive», explique à Libération Catherine Destivelle, narratrice de ce film qui nous emmène des falaises de Douvres au nord de l’Ecosse sur tous les grands sites d’escalade du Royaume-Uni. «Pour chercher du cristal ou chasser les chamois par exemple. Au début du XIXe siècle, on avait encore peur des démons, c’était dangereux, il y avait les ophtalmies, les avalanches… Déjà, qu’on avait du mal à survivre en bas.» L’Angleterre, elle, était habitué aux conditions difficiles. «Chez eux, il n’y a pas beaucoup de dénivelés mais ce peut être extrême. En Angleterre, il fait souvent mauvais, mais ils sortent quand même ! Pas nous, les Français.» Un frisson d’adrénaline pour les cimes touchant autant les lords désœuvrés que la classe populaire qui trouvent dans les Alpes la haute altitude absente dans leur pays. L’Écosse culmine au Ben Nevis (1 343 m), point le plus élevé de la Grande-Bretagne, l’Angleterre au Scafell (977 m) et le pays de Galles au Snowdon (1 085 m). Conséquence de cette passion : la quasi-totalité des sommets de plus de 4 000 mètres au XIXe siècle seront conquis par des cordées britanniques. L’Alpine Club, premier club alpin au monde, est créé à Londres en 1 857 avec un objectif simple : escalader des sommets vierges.

Il y a certes la peur liée à l’ascension, celle qu’on peut avoir en redescendant (où la majorité des accidents surviennent dus à la fatigue ou à un défaut de vigilance). «Mais est-ce que ce n’est pas cela qu’on aime finalement en montagne, questionne Catherine Destivelle, ce danger qui nous menace, celui d’être perdu, de ne plus savoir où on est. De tourner en rond.»

Souvenir de cette époque où les sujets de sa gracieuse majesté venaient s’entraîner en Europe – avant de partir, quelques décennies plus tard à l’assaut des géants de l’Himalaya –, les patronymes qui jalonnent toujours les grands sites alpins comme la pointe Walker, l’aiguille Mummery ou le couloir Whymper. Pour nous rappeler le temps où la Grande Bretagne régnait sur les Alpes.

(1) Grande Bretagne, voyage aux sources de l’alpinisme. Le film de Vincent Perazio et Bertrand Delapierre, avec Catherine Destivelle, sera présenté au festival d’Autrans.