A Montpellier, le Centre d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles (CIDFF) de l’Hérault a mis au point un dispositif, Protect’Me, pour apprendre aux victimes de cyberviolences conjugales à sécuriser leur vie en ligne et former les professionnels qui les accompagnent. Un succès, mais en mal de financement.
Tout a commencé il y a six ans, à Montpellier. «Des femmes se sont mises à nous raconter que leur conjoint savait tout de leur vie, raconte Aude Sartini, qui dirige le secteur emploi du CIDFF de l’Hérault. On avait du mal à le croire. Et puis, un jour, une femme est venue avec une amie et lui a demandé d’aller se promener avec son smartphone dans des endroits bien précis. Elle savait qu’elle était géolocalisée par son conjoint violent.»
Cela a provoqué un déclic. Toute l’association s’est formée aux cyberviolences conjugales. Et là, nouveau choc : le phénomène est massif. «9 femmes victimes de violences conjugales sur 10 ont subi des cyberviolences de la part de leur partenaire (ou ex)», selon une étude du Centre Hubertine Auclert. Le cyberharcèlement n’en est qu’une facette, au côté de la diffusion d’images intimes sur les réseaux sociaux, ou encore de la cybersurveillance via le GPS et des logiciels espions. 70 % des victimes sont géolocalisées par leur agresseur, selon la même étude.
L’équipe du CIDFF de l’Hérault a alors imaginé le dispositif Protect’Me. «On l’a d’abord expérimenté sous forme d’atelier avec quatre femmes déjà séparées de leur conjoint, donc dans une situation moins risquée, pour leur apprendre à sécuriser leur vie en ligne : mails, réseaux sociaux, mots de passe, cloud», explique Aude Sartini. Depuis quatre ans, un financement de la Fondation des Femmes a permis de déployer ces formations collectives, ainsi que des accompagnements individuels réservés aux femmes en danger. «On repère d’abord quels types de cyberviolences elles subissent, et ensuite on développe une stratégie : on laisse un os à ronger à l’auteur, pour ne pas éveiller ses soupçons, et on apprend à la victime à collecter des preuves en faisant des captures d’écran et en les stockant sur la plateforme memo-de-vie», décrit la Montpelliéraine.
Il y avait urgence à former aussi tous ceux qui recueillent la parole des victimes et les accompagnent : policiers, travailleurs sociaux, psychologues… Grâce à Protect’Me, en juin, 229 professionnels étaient déjà sensibilisés, en plus des 44 femmes accompagnées. Parmi elles, Anaïs (1) dit «avoir retrouvé de la sécurité et du plaisir à aller sur les réseaux sociaux» alors qu’elle était jusque-là «terrorisée». «Je craignais que mon ex ne me retrouve», confie-t-elle. Marie (1), actuellement sans emploi, est encore harcelée par son ex-conjoint au sujet des dépenses pour leurs enfants. «Il continue à m’envoyer des messages, alors que je ne peux pas dépenser plus, il veut me pousser à bout, m’enfoncer», soupire-t-elle, décidée, désormais, à se protéger.
Pour que ce dispositif perdure au-delà de 2025, voire soit déployé dans toute la France, l’association cherche encore des financements, avec le soutien de la Fédération nationale des CIDFF. Une gageure, à l’heure des coupes budgétaires qui étranglent le monde associatif.




