Les chiffres sont alarmants : un quart des salariés se disent en mauvaise santé mentale, et les troubles psys sont la première cause des arrêts maladies de longue durée. «L’entreprise est touchée de plein fouet par la dégradation de la santé mentale dans la société, et cet enjeu a tendance à augmenter, notamment chez les jeunes», alerte Angèle Malâtre-Lansac, déléguée générale de l’Alliance pour la Santé mentale, qui fédère plus de 3 000 acteurs du secteur.
Il faut dire que dans l’emploi, la question de la santé mentale est encore trop rarement abordée. Souvent perçue comme relevant de la sphère personnelle, elle est jugée contraire aux valeurs que serait censée incarner l’entreprise : la performance, la force, la disponibilité… Pourtant, le monde du travail comporte de nombreux risques psychiques. Certains métiers sont particulièrement exposés, notamment dans les carrières de l’hôtellerie, de la restauration, et du médico-social (un tiers des médecins et infirmiers souffre de dépression en Europe). Mais aucun secteur n’est épargné : en France, des millions de personnes, précaires ou non, sont fragilisées par de mauvaises pratiques d’encadrement (le management y est particulièrement vertical), par des transformations incessantes, sources de stress, ou encore par un sentiment de perte de sens lié aux crises sociales et écologiques.
«Il y a urgence à agir», résume Sophie Thiery, présidente de la Commission Travail Emploi du Cese. Et d’abord à informer : du 19 au 21 novembre, à Paris, « Cap sur la santé mentale, bilan et perspective pour l’emploi » propose trois jours de débats, de partage et de conférences ouverts à tous, en accès libre, rassembleront des experts de la santé, des sociologues, des DRH ou des directeurs de groupes (un événement dont Libération est partenaire). Le 20 novembre, les entreprises seront invitées à signer une «Charte d’engagement pour la santé mentale au travail», une initiative de l’Alliance pour la santé mentale, appuyée par le gouvernement dans le cadre de la Grande Cause nationale 2 025.
L’ambition : rappeler la nécessité de libérer la parole sur le sujet (à travers des formations, des campagnes d’information et des conférences), de l’intégrer concrètement dans le dialogue social et l’organisation du travail, mais aussi de créer des ressources à même de soutenir un salarié en difficulté (ligne d’écoute, dispositif de «pair aidant»).
Le programme est vaste, et la charte est non contraignante, mais Angèle Malâtre-Lansac y voit une première étape à même de créer un mouvement engagé sur cet enjeu majeur de santé publique. «On n’a fait que la moitié du chemin, juge Laurence Potte-Bonneville, déléguée générale de la fédération Santé mentale France, l’idée est de ne pas lâcher les responsables politiques pour que la santé mentale fasse l’objet d’une politique de santé publique interministérielle, dotée de moyens à la hauteur».
Aujourd’hui, ces derniers font cruellement défaut. Dans le public, un tiers des postes de psychiatres sont vacants. Et les centres médico-psychologiques (CMP) sont saturés, avec des délais d’attente allant jusqu’à six mois. «Pas de grande cause sans de grands moyens» mettait en garde, en juin dernier, la commission des Affaires sociales dans un rapport d’information.




