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Climat Libé Tour Marseille

Seul sur Mars(eille) : comment la ville fait face aux incendies ?

La ville de Marseille a été mise à l’épreuve du feu durant l’été 2025. Une situation symptomatique d’une région où le climat est favorable aux incendies. Le département mène une lutte préventive permanente, en s’appuyant notamment sur la gestion et la protection des sols.

Au-dessus de Marseille après l'incendie qui a commence dans le village voisin des Pennes-Mirabeau, le 8 juillet 2025. (Felice Rosa/Hans Lucas. AFP)
Par
Amélia Galland, Marylou Grottelli, Valentin Gandon, Alexis Balsano, Sacha Paraïso, Luca Crudu
étudiants en master journalisme à Science Po Aix et à l’EJCAM Marseille
Publié le 08/01/2026 à 12h53

Dans le cadre de l’étape marseillaise du Climat Libé Tour, le 10 octobre 2025, des étudiants en master journalisme à Science Po Aix et à l’EJCAM Marseille ont travaillé en partenariat avec l’Office français de la biodiversité et le service data de Libération. Nous publions aujourd’hui leurs articles.

L’été dernier, Marseille a de nouveau fait face au feu. Le 8 juillet 2025, un incendie parti des Pennes-Mirabeau a traversé les collines jusqu’aux quartiers nord de la ville, avalant 750 hectares de garrigue. 120 pompiers ont été mobilisés et 97 personnes ont été légèrement blessées. Christine Juste, adjointe écologiste à la mairie de Marseille en charge de l’environnement et invitée du Climat Libé Tour, indique que 83 maisons ont brûlé à Marseille, dont 63 totalement inhabitables. «C’est horrible, ce massif entièrement noir, il n’y a plus rien, c’est d’une violence. On se croirait sur la planète Mars, il n’y a plus un arbre» ajoute celle-ci.

Ci-dessous: Carte interactive de l’expansion de l’incendie du 8 juillet 2025 à Marseille (l’échelle varie selon le zoom ; échelle affichée automatiquement par l’outil Google Maps en bas de l’écran)

Un mégot, un barbecue mal éteint, un geste d’inattention : le Service départemental d’incendie et de secours (SDIS 13) rappelle que 90 % des feux sont d’origine humaine. Dans une région où le thermomètre flirte chaque été avec les 40 °C, où les canicules s’enchaînent et où le mistral souffle parfois à plus de 80 km/h, la moindre maladresse se transforme en brasier.

Un risque structurel dans le Sud

Le sud de la France est la deuxième région la plus exposée aux incendies. Le cocktail météorologique y est explosif. La combinaison du vent, de la chaleur et d’une végétation dense crée un risque permanent. A Marseille, les zones habitées côtoient directement les massifs forestiers, rendant chaque départ de feu potentiellement dangereux pour les habitations.

Source : BDIFF (Base de Données sur les Incendies de Forêts en France).

Pourtant, cette situation météorologique n’est pas une fatalité. En Provence, le débroussaillement obligatoire reste l’un des principaux outils de prévention. «Avant de commencer à replanter, il faut sauver le sol», explique Christine Juste, avant d’ajouter que «l’urgence est d’éviter les glissements et un mauvais mélange dans ce vallon». L’adjointe précise aussi que les propriétaires de la région ont l’obligation de débroussailler leur habitation dans un périmètre de 50 mètres.

Face à la multiplication des incendies, les stratégies de prévention se diversifient dans les Bouches-du-Rhône. Le SDIS 13 mise notamment sur les brûlages dirigés, ces feux contrôlés qui permettent de réduire la végétation avant qu’elle ne s’embrase spontanément. En 2024, une trentaine d’opérations ont été menées dans le département. Des projets de reforestation raisonnée voient aussi le jour, avec des essences moins inflammables. Mais ces politiques locales peinent toujours à suivre le rythme du changement climatique.

L’élue mentionne également une nouvelle pratique mise en place à la suite des incendies de juillet : les fascines. «On a récupéré les arbres calcinés et on les a disposés en travers de la pente. Les troncs enracinés servent d’appui, et les branchages retiennent la terre. A la suite des orages d’août, le dispositif a parfaitement tenu». Ces barrières naturelles limitent l’érosion et favorisent le retour de la végétation. En empêchant la terre calcinée de glisser vers les vallons, elles redonnent au sol le temps de se régénérer : une manière de recycler les arbres brûlés pour éviter les prochains feux. A Marseille, on espère ne pas recommencer chaque été le même chantier.

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