Depuis sa création en 2015, l’association de sauvetage en mer a sauvé la vie à plus de 42 000 exilés en détresse. Témoignages, reportages et rencontres à l’occasion de leur soirée «L’Escale Solidaire» au Châtelet le 1er décembre.
Les années passent et la Méditerranée continue à être une mer où l’on meurt. Aujourd’hui, il y a deux fronts. Le premier est toujours le même : sauver des vies. Empêcher des hommes, des femmes et des enfants de se noyer. Le second est de lutter contre l’indifférence. Car le temps passe et quelque chose s’installe. Ça continue. Depuis des années. Encore et toujours. Ça continue. Jusqu’au vertige. Ou à la nausée. Et notre écoute s’use malheureusement, notre colère aussi. C’est la victoire vicieuse du malheur. Toute tragédie qui se répète accouche du monstre effrayant de l’indifférence.
En 2005, j’ai écrit un roman intitulé Eldorado qui parlait déjà de Lampedusa. Je n’en reviens pas que cela fasse déjà vingt ans. Qu’est-ce qui a changé depuis ? La réalité n’a pas cessé de s’aggraver. Les morts se sont accumulés. Et le risque, aujourd’hui, c’est la lassitude. Le sentiment d’avoir tout dit, tout essayé, tout répété mille fois. Le risque, c’est de se résigner et d’oublier notre indignation.
Il faut lutter pour que notre humanité ne s’émousse pas. C’est ce combat-là que nous devons mener. Les équipages de SOS Méditerranée, eux, ne se lassent pas. Ils continuent à se battre. Et nous pouvons les aider. Ils ont besoin d’argent. Ils ont besoin de soutien. C’est cela que nous pouvons leur donner. Dire que nous sommes avec eux. Encore. Prendre notre part du combat. Encore. Tant qu’il y aura des morts.
Il y a cette très belle phrase de Frantz Fanon qui me revient souvent en tête par les temps sombres que nous traversons : «Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission : la remplir ou la trahir.»
N’en doutons pas, lorsque les générations futures se pencheront sur notre époque, elles nous jugeront sur ce que nous avons fait pour nous opposer à la tragédie en Méditerranée.
Aurons-nous aidé à sauver des vies ? Aurons-nous été capables de préserver un peu d’humanité au cœur des ténèbres ? Aurons-nous tenu face au dérèglement politique du monde ? A la violence toujours plus grande dans les discours sur les étrangers ? A la haine de l’autre ?
Nous ne pouvons pas nous lasser. Il en va de la vie de celles et ceux qui sont en danger de mort. Il en va de nos sociétés qui sont en danger d’indifférence. Et de nous tous, qui sommes en danger de perdition. SOS Méditerranée a besoin de nous. Nous avons besoin de SOS Méditerranée. Il faut tenir, rester droit, poursuivre.




