2 452 décès ont été enregistrés l’an dernier en Méditerranée, selon l’Organisation internationale pour les migrations. Un triste record : cette mer si proche de nous est la route migratoire la plus meurtrière du monde. Et ces dernières années, la situation s’est encore dégradée. «Bien qu’ils ne rencontrent plus un retentissement immédiat dans les médias, les naufrages se multiplient, et les Etats européens se retirent de leurs responsabilités», dénonce Sabine Grenard, salariée de l’association SOS Méditerranée, créée en 2015.
Le contexte est sombre, mais dix ans, ça se fête. Au théâtre du Châtelet, ce 1er décembre, Jeanne Added, Gaël Faye, Isabelle Autissier, Marie Darrieussecq, Souad Massi, Camille Cottin, Faada Freddy et bien d’autres seront présents sur scène, pour une soirée de soutien mêlant musique, danse, théâtre, humour, et témoignages. Les fonds récoltés (les billets coûtent entre 5 et 45 euros) visent à financer deux journées de sauvetage en mer (soit 48 000 euros).
Celles-ci ont déjà démontré leur efficacité ô combien précieuse : depuis la première mission menée par SOS Méditerranée en 2016, 42 708 personnes ont été secourues avec les bateaux humanitaires de l’Aquarius puis de l’Ocean Viking. Mais aujourd’hui, aucun des deux ne sillonne plus les mers. En cause, la criminalisation croissante des navires d’ONG. La dernière illustration en date, glaçante, a eu lieu le 24 août 2025. Des garde-côtes libyens ont ouvert le feu sans sommation sur l’Ocean Viking, qui voguait dans les eaux internationales, menaçant la vie des personnes à bord. «Ils ont tiré sur le poste de pilotage, là où était positionnée l’équipe, sur les civières, sur les radars. On a décompté une centaine d’impacts de balles sur le bateau. On ne doit qu’au grand professionnalisme de nos équipes, exercées aux situations extrêmes, d’avoir pu se mettre en sécurité ainsi que les 87 rescapés», détaille Sabine Grenard.
Les réparations, coûteuses, sont toujours en cours. Information amère : le bateau piloté par les Libyens à l’origine de cette attaque avait été mis à disposition par l’Italie, dans le cadre d’un programme financé par l’UE… Désormais, seuls trois petits navires d’ONG traversent encore la Méditerranée, en quête de vies à sauver. Alors, face aux défaillances meurtrières des Etats et des institutions européennes, l’équipe de SOS Méditerranée assume cette mission urgente, ce «besoin criant de rappeler les faits et d’informer le grand public».
Ce 1er décembre, au-delà de la récolte de fonds, l’objectif est bien sûr de rappeler au plus grand nombre la crise humanitaire qui se poursuit aux portes de l’Europe. Une soirée comme un acte de résistance et d’engagement collectif.




