Comment réconcilier métropoles et campagnes, périphéries et centres-villes, écologie et habitat ? Plongée, en partenariat avec Popsu (la Plateforme d’observation des projets et stratégies urbaines) dans les initiatives qui améliorent les politiques urbaines.
Et si nous partions de l’idée, ou plutôt prenions le pari, que ce tout jeune XXIe siècle, à peine âgé de 25 ans, malgré tous les périls, toutes les menaces qui nous guettent, pourrait paradoxalement devenir un nouvel âge d’or de l’architecture comme de l’urbanisme ! Mieux encore que les architectes auraient, à la manière d’une avant-garde, un rôle essentiel à y jouer dans la perspective d’un dénouement heureux !
Après tout, la Renaissance est née de l’épuisement d’un monde ; la Révolution française a marqué un temps incroyablement fort pour l’architecture pratiquée comme un art de transformer le réel, pratiquant la reconversion des bâtiments comme le réemploi des éléments ou encore le recyclage des matériaux. Les périodes de crise ne seraient-elles finalement pas plus propices au retour de l’architecture, à sa réinvention tandis que les périodes de continuité seraient vouées aux seuls débats et évolutions stylistiques.
Ainsi notre époque marquée par une crise environnementale inédite nous oblige à renouveler nos approches tant de l’architecture que de l’urbanisme en les qualifiant pour l’une «d’architecture de la transformation», pour l’autre «d’urbanisme patrimonial». Dans les deux cas, il s’agit de faire feu de tout bois, en regardant l’existant comme une ressource vitale qu’il s’agisse de bâtiments ou d’îlots.
Pour résister aux propos anxiogènes comme aux nouvelles angoissantes de toutes sortes, il nous faut faire d’une menace une opportunité, d’une fragilité un atout. Il nous faut surtout croire en notre capacité à influer sur l’avenir, et cela passe par l’action, encore et toujours : porter la controverse et débattre, concevoir différemment et construire autrement. Le processus est déjà engagé, mais il faut aller plus loin et amplifier le mouvement. C’est bien l’objectif du programme Quartiers de demain : faire la démonstration que des grands ensembles, cités minières, tissus de faubourgs ou centres-villes pêle-mêle peuvent devenir des territoires d’avenir.
Les nouvelles générations ont dans ce moment critique, dont elles ont une conscience particulièrement aiguë, un rôle essentiel à jouer. Transformation sociétale et transformation architecturale iront de pair.
Cette situation de crise nous offre la possibilité de reconsidérer l’architecture selon de nouveaux angles de vue. Faire de la transformation, un acte de création à part entière, plus sensible, plus attentif, plus subtil ; et renouer avec des pratiques que le XXe siècle de la table rase avait oubliées. Avec la raréfaction des ressources, l’économie de moyens comme l’intelligence constructive sont de retour. Avant la révolution industrielle, elles étaient pratiquées par nécessité. L’avènement de la société de consommation les avait balayées. Aujourd’hui tout doit être raisonné et guidé par le consommer moins de matière et le durer plus longtemps.
Rendre l’architecture populaire
L’autre enjeu de ce renversement de perspective est de replacer l’architecture au cœur de la société comme du débat public et politique : faire de cette situation unique, l’occasion, presque inespérée, de partager l’architecture avec le grand public, en un mot de rendre l’architecture populaire comme peut l’être aujourd’hui la cuisine… A l’opposé de celle-ci, l’architecture relève d’une temporalité longue et d’une pratique collective, elle doit toujours plus être partagée.
La transformation de l’existant demeure un acte de foi en l’avenir. Elle nous offre la possibilité d’une création architecturale, urbaine et paysagère unique parce que partant d’un substrat spécifique. Mémoire matérielle et immatérielle des lieux, elle forme l’essence même de leur renouvellement. Œuvre unique et œuvré ouverte tout à la fois, fruit d’auteurs successifs, que les usages et les pratiques ne cessent de revisiter.
Dans ces temps sombres, on ne croit plus assez dans la force des idées ! Soyons à la fois humbles et ambitieux, notre monde a besoin de nous, de notre énergie, de nos idées pour renouer avec la vocation originelle de l’architecture à changer le réel, à changer la vie, à changer le monde !




