Menu
Libération
Reportage

Violence conjugales : à Lille, «un travail avec les auteurs pour protéger les victimes»

Depuis 2021, un centre accompagne et héberge au besoin des hommes poursuivis pour violences intrafamiliales, en vue de prévenir la récidive.

«On sait bien que l’insulte d’hier va mener à la claque de demain.» Photo d'illustration. (Science Photo Library/Getty Images)
ParClémence de Blasi
Correspondante à Lille
Publié le 24/11/2025 à 4h54

A l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, le 25 novembre, reportages, analyses et témoignages. Un dossier réalisé en partenariat avec le Crédit Mutuel.

Ils sont quatre, âgés de 33 à 60 ans, assis en arc de cercle autour d’une petite table ronde. Bras solidement croisés sur la poitrine, ils se présentent à mots pudiques. S’ils se trouvent ici en cet après-midi ensoleillé d’automne, dans la salle de réunion toute blanche du Centre d’accompagnement et de prévention (CAP) de Lille, c’est pour «des trucs de violence».

«Verbale», précisent d’emblée deux d’entre eux. «Il n’y a pas une forme de violence plus grave qu’une autre, ça dépend de la sensibilité de chacun, rappelle Marianne Kervellec, la psychologue qui encadre ce groupe de travail dédié à la distinction entre conflit et violence. C’est un continuum : on sait bien que l’insulte d’hier va mener à la claque de demain.»

Les langues se délient peu à peu, en confiance : «Ici la parole est libre, ils sentent qu’ils ne sont pas jugés.» Au cours de l’atelier, pendant deux heures, les auteurs de violences conjugales discutent de leur vision de ce qui est sain ou toxique dans une relation amoureuse. Ils s’écoutent, confrontent leurs points de vue, cheminent ensemble dans un long travail d’introspection.

«On arrive à semer des petites graines»

Lancé fin 2021, le CAP a installé ses bureaux dans un bâtiment en brique rouge de quatre étages, au sein d’un quartier populaire de la capitale des Flandres. En plus des locaux professionnels, celui-ci regroupe dix appartements, dans lesquels 25 hommes (en très large majorité) ou femmes accompagnés peuvent être hébergés avant leur jugement, faute de disposer d’une autre solution. Une façon d’éviter leur retour au domicile conjugal ou des nuits à la rue. «Avant, le plus souvent, c’était la victime qui quittait le logement avec quelques affaires. On a voulu faire l’inverse», explique Caroline Alirol, directrice du Service de contrôle judiciaire et d’enquêtes lillois, qui gère la structure.

Pour l’équipe 100 % féminine, constituée de trois contrôleuses judiciaires, deux psychologues, une agente de probation et une assistante sociale, cette proximité rend les choses bien plus faciles à gérer. Elle permet aussi et surtout aux résidents de l’immeuble de pouvoir se concentrer sur l’essentiel : leur comportement. Un gros travail de responsabilisation est mené, adapté aux besoins identifiés pour chacun. Les ateliers sur la gestion des émotions, la communication non violente, l’empathie ou les stéréotypes de genre peuvent être complétés par d’autres autour des tâches ménagères ou de l’organisation d’un foyer. Au quotidien, si une difficulté se présente, il n’y a qu’un ou deux étages à descendre ou monter pour pouvoir s’entretenir avec l’assistante sociale, Astrid Dufort.

En près de quatre ans d’existence, le CAP a accueilli 242 locataires, et suivi quelque 1 500 personnes poursuivies pour violences conjugales ou intrafamiliales sur des périodes allant de six mois à deux ans et demi. «Tout le travail mené avec les auteurs permet de mieux protéger les victimes, en évitant la récidive, rappelle Caroline Alirol. On arrive à semer des petites graines ; le suivi sur le long terme porte ses fruits.»

Dans la même rubrique