A l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, le 25 novembre, reportages, analyses et témoignages. Un dossier réalisé en partenariat avec le Crédit Mutuel.
Pour leur premier déménagement, en 2021, les bénévoles d’Une voix pour elles ont porté de légers cartons. Une femme et son fils, victimes de violences conjugales et familiales, quittaient leur appartement avec seulement «des vêtements et un cuit-tout vapeur». Les souvenirs d’une vie dans quelques valises. «On a mis le doigt sur un chaînon manquant dans l’aide aux victimes, expose la fondatrice et déléguée générale de l’association, Loëtitia Mas. Il fallait les aider à récupérer leurs affaires personnelles, pour éviter qu’elles perdent tout ou soient obligées revenir.»
Afin de lever les obstacles administratifs, économiques et logistiques, cette organisation azuréenne aide les femmes à refermer la porte sur un quotidien de violence. Et à se réinstaller dans un nouveau chez-soi. Une voix pour elles vient de dépasser son 900e déménagement. En moyenne, il faut compter sept allers-retours avant un départ définitif du domicile. «En récupérant un sac pour les enfants, monsieur s’excuse et madame reste au domicile, relate Loëtitia Mas. Ou les femmes mises à l’abri sont obligées de retourner chez elles car elles n’ont pas de quoi changer ou nourrir leur bébé.»
Après un départ, les femmes sont prises en charge par des structures d’accueil ou des associations. Ce sont ces dernières qui appellent Une voix pour elles. «Pour savoir où on met les pieds, pointe la fondatrice, on se renseigne. Est-ce que monsieur est connu des services de police, est-ce que madame a un téléphone grave danger, est-ce que la belle-famille fait pression ?»
«On évite que les femmes soient encore plus précarisées»
Le concours des forces de l’ordre est «très souvent» sollicité. Puis vient le déroulé classique d’un déménagement avec les gros bras pour porter et le camion devant la porte, les galères d’escaliers et les cartons qui finissent par s’éventrer. «On change de lieu de vie. Emotionnellement, c’est dur, admet Loëtitia Mas. Les femmes partent généralement du principe que leurs biens sont perdus. Mais ils sont à elles. On évite qu’elles soient encore plus précarisées.» Et que les difficultés économiques et administratives viennent s’ajouter aux violences physiques et psychiques.
Il arrive que certaines victimes n’aient pas la possibilité de garder la totalité de leurs effets personnels par manque de place quand elles sont mises à l’abri dans des foyers d’urgence. Une voix pour elles dispose alors de 880 m2 de locaux éparpillés en Provence-Alpes-Côte d’Azur pour entreposer les affaires. Chaque mois, une trentaine de femmes bénéficient de ce service. L’association vient aussi d’ouvrir une petite ressourcerie. On peut y choisir les meubles manquants pour améliorer le confort du nouveau cocon.
Soutenue par la Fondation des femmes, Une voix pour elles tourne avec sept salariés et 420 000 euros de budget. A la fin de l’année, elle couvrira les six départements de la région Paca. L’association est en phase de déploiement : elle essaime via d’autres associations en partageant son expérience, son protocole et ses partenaires pour l’emballage, l’équipement ou le stockage. Une voix pour elles continue de porter son action de départ : la livraison de kits d’urgence. L’an dernier, 2 500 coffrets alimentaires, vestimentaires et d’hygiène ont été distribués aux familles – près de 85 % des femmes soutenues fuyant leur conjoint violent avec leurs enfants.




