A l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, le 25 novembre, reportages, analyses et témoignages. Un dossier réalisé en partenariat avec le Crédit Mutuel.
Aller au distributeur de billets et retirer quelques dizaines d’euros peut paraître anodin pour certains, mais pour des milliers de femmes en France, c’est un acte étroitement lié au contrôle coercitif d’un conjoint violent. En France, la dépendance économique reste l’un des facteurs les moins connus, mais extrêmement décisif, qui emprisonne les femmes dans des relations conjugales violentes. Le sondage Ifop−Crédit mutuel alliance fédérale rapporte, qu’en 2025, près d’un quart des femmes ont été exposées à des violences économiques de la part de leur conjoint. D’autres chiffres sont aussi révélateurs de ce phénomène : 28 % des femmes n’ont pas de compte bancaire personnel (un chiffre en hausse : 23 % en 2024), 17 % ont subi des vols d’argent ou des confiscations de bien de la part de leur partenaire et 48 % indiquent ne pas avoir la possibilité de quitter leur relation sans aide financière extérieure. Derrière ces chiffres se trouvent des milliers de femmes dont la vie quotidienne subit des contraintes psychologiques et une impossibilité matérielle.
Pour de nombreuses victimes, la première barrière est l’invisibilité financière. Sans compte bancaire personnel, elles ont très peu d’autonomie. Chaque achat peut être surveillé et chaque tentative d’indépendance questionnée. Les partenaires violents profitent souvent de ce manque de ressources pour renforcer leur contrôle. Dans de telles conditions, partir n’est pas seulement difficile mais dangereux. C’est pour cela que le Crédit mutuel a proposé la création d’un compte au seul nom des victimes, non connu de leur conjoint et non rattaché au domicile conjugal afin de permettre une intégrité physique et une protection financière (à lire : «Libé des solutions spécial 8 mars», à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes). En 2024, année de la création de ce compte spécifique, 100 comptes ont été ouverts. «Nous avons besoin de faire connaître ce dispositif qui reste trop inconnu du public», indique Daniel Baal, président du Crédit mutuel.
«Détecter tous les signaux»
Quitter un mariage violent est rarement un chemin linéaire. Les spécialistes le décrivent comme une succession d’étapes secrètes, toutes empreintes de risques. La première d’entre elles est l’ouverture d’un compte bancaire personnel en cachette. Cela doit se faire discrètement, dans un rare moment seule et souvent sans les documents nécessaires, détenus par le partenaire violent. Parfois, la seule réception d’un mail peut être dangereuse. «Nous allons déployer début 2026 un module de formation pour l’ensemble de nos collaborateurs afin de détecter tous les signaux, y compris les signaux faibles, d’une situation de violences économiques», poursuit Daniel Baal.
Les conseillers bancaires sont déjà aguerris à cette tâche, qui deviendra systématique, et savent déjà diriger les victimes vers le 3919, la ligne d’écoute nationale destinée aux femmes victimes de violences gérée par la Fédération nationale solidarité femme. «Une structure avec laquelle nous travaillons en étroite relation, et que nous soutenons financièrement», indique Daniel Baal.
Un constat s’impose néanmoins : les violences économiques sont intimement liées aux violences physiques dans le couple. Quand près d’une femme sur trois est dépendante du revenu de son conjoint, le lien entre finances et vulnérabilité devient indéniable. Permettre à chaque femme d’avoir son compte en banque (un droit acquis en 1965), une éducation financière et des solutions de soutien d’urgence publiques n’est donc pas seulement une question d’autonomie, mais parfois de survie.
L’étape suivante est la collecte de fonds, suffisamment pour se déplacer, racheter des vêtements et potentiellement engager des frais de justice. Une fois en lieu sûr, les victimes pourront alors commencer un autre chemin complexe, celui du processus administratif. Cela peut impliquer de porter plainte, prendre des mesures d’éloignement, réclamer des aides financières et trouver un logement pérenne à long terme. Autant d’étapes qui requièrent du temps, de la stabilité et une force émotionnelle. Des ressources usées et abusées par des années de violences.




