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La plage gardée de la gentry

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Au Touquet, c'est un été comme les autres: tennis, polo et garden-parties. Mais tout près, à Berck, les ouvriers arrivent.

Publié le 13/08/1996 à 9h40

Quand l'Histoire offre l'occasion de raviver la flamme vacillante de la haine de classes, on n'hésite pas. Donc, face à la Manche, à ma droite, Le Touquet-Paris-Plage; à ma gauche, Berck-sur-Mer. Séparés par une dizaine de kilomètres de sable fin et un espace-temps infranchissable. Petit monde suave de Modiano contre humanité bordélique de Dubout. «La clientèle de Berck n'intéresse pas Le Touquet», dixit Léonce Desprez, ex-maire. Mais, dans Berck et la région, on se gausse: «Le Touquet, le petit trou de Cucq"» (la commune d'origine du Touquet). «Ville sortie de rien, pionnière, petit paradis que ses bénéficiaires voulaient et voudraient se garder bien à eux», ironise Patrice Deparpe, responsable érudit du musée et enfant du cru. Dès 1910, les «allongés» (malades de la tuberculose osseuse) de Berck sont interdits de séjour par arrêté municipal" L'entre-deux-guerres incarne la période faste du Touquet, le prince de Galles, le sultan du Maroc et une brassée de maharadjahs s'y retrouvent. «Il y a des bulles de champagne dans l'air», s'extasie-t-on entre golf, «drags» (chasses à courre) et polo. Changement de décor, cosmétique, le 2 août 1936, sur cette affiche: «Grande fête celtique. Chants et danses populaires écossais et auvergnats. Les Cameron Highlanders et La Bourrée d'Auvergne. Prix des places: 20, 10, 5F.» Sur l'affiche, le litron de rouge trône aux pieds de l'Auvergnat. Les congés payés n'ont qu'effleuré la station" Les turbulences politiques ont aussi léché la côte d'Op

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