Il faut lire et faire lire cette «certaine idée de la gauche» que nous livre Gilles Martinet. C'est un livre précieux (au sens de rare), courageux, fondamentalement honnête. Peut-être une boussole pour les temps présents et à venir. Un instrument plutôt en rupture de stock aujourd'hui en tout cas si on le veut en état de marche.
Gilles Martinet, témoin et acteur de plus de soixante années de politique, se méfie des «mémoires». «Elles sont à l'histoire ce que l'oeuvre de Viollet-le-Duc est à l'architecture», écrit-il. Il n'apparaît donc qu'en filigrane, dans ce récit en forme de bilan mais aussi d'analyse prospective. Et lorsqu'il se met en scène, l'humour n'est jamais loin. En témoigne cette scène qui date de la signature, en mai 1935, du pacte franco-soviétique négocié par Laval. Communiste convaincu, nourri à la mamelle de l'internationalisme, le jeune Martinet n'apprécie pas que Staline «comprenne et approuve pleinement la politique de défense nationale faite par la France». Récit: «Dans ma cellule, où l'on portait encore, selon la vieille règle, des pseudonymes, les camarades Jérôme (Jean-Pierre Vernant) et Gautier (Gilles Martinet) firent voter une motion de défiance. D'autres cellules nous imitèrent. Mais ["] Maurice Thorez n'eut aucun mal pour faire approuver la fameuse déclaration.» Victime d'indigestion chronique de couleuvres, le «camarade Gautier» allait rendre son tablier trois ans plus tard, après le dernier des grands procès de Moscou, celui de Boukharine. Ent




