Le petit homme a la voix qui porte. Assez pour que son cri couvre la
musique de supermarché et le brouhaha de ses amis: «On a faim!» Il est 11 heures, hier, au centre Leclerc de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne). L'homme hurle à nouveau. Autour, on scande: «Chô-chô-chômage ras le bol!» Les «on» sont une bonne soixantaine. Ça fait un quart d'heure qu'ils ont investi les lieux, avec leurs banderoles planquées sous le manteau, leurs tracts dissimulés dans des sacs, et les poches pleines d'autocollants. Petit commando, ils ont suivi un briefing quelques instants plus tôt à la permanence de l'Apeis (Association pour l'emploi, l'information et la solidarité des chômeurs et travailleurs précaires). Un responsable a donné la marche à suivre: «C'est un pique-nique. On fait nos courses, tranquillement. Pas de clins d'oeil entre nous, pas de sourires, pas de "on se connaît. Et rendez-vous tous à 11 heures, devant le rayon poissonnerie.» Leur mot d'ordre: «On veut vivre!»
«Que la fête commence.» Au début, l'opération cafouille. Les consignes ne sont pas bien respectées: sourires et clins d'oeil se multiplient. Seuls, en couple, ou par trois, les chômeurs tournent dans les rayonnages, s'attardent ici ou là, remplissent les chariots, se guettent, hésitent. Puis s'attroupent enfin. A l'heure prévue, ou presque, mais au rayon boucherie. Qu'importe. On renverse un premier chariot, qui sert d'estrade à Richard Dethyre, président de l'Apeis. «Que la fête commence!» Et le voilà qui explique l'ac




