C'était un Sgio, un seigneur, peut-être le dernier de Corse, un étrange mélange de rouerie parlementaire et de féodalité insulaire. Jean-Paul de Rocca-Serra, 87 ans, s'est éteint hier à Paris après une longue agonie à l'hôpital Cochin, dévoré par ses problèmes intestinaux et rénaux. Mais le vieux monsieur a sans doute rendu l'âme en paix, après avoir, à la dernière seconde, réalisé le rêve de sa vie: installer son fils, Camille, à sa place en politique. La famille plonge ses racines au-delà du XVIe siècle, c'est l'une des plus grandes du sud de la Corse, fièrement campée sur les riches terres de l'Alta Roca. Jean-Paul de Rocca-Serra descendait par sa grand-mère des Abbatucci, une des grandes lignées nobles de l'île. Son père, Camille, épouse en 1910 une Carrega, et les salines des Rocca-Serra s'allient aux chênes-lièges de sa femme, pour en faire une des premières familles du grand Sud au début du siècle. Le papa, médecin, notable, gère la région comme sa famille. Il est conseiller général à partir de 1909, maire de Porto-Vecchio depuis 1921, député depuis 1928 et pétainiste, à la différence du clan du Nord, les Giacobbi. Jean-Paul baigne tout gamin dans la politique, potasse sa médecine comme papa, file à l'Assemblée nationale dès qu'il a cinq minutes.
Et prend de plein fouet la peine d'indignité nationale dont est frappé son père à la Libération. C'est lui qui reprend le flambeau, sous l'oeil plutôt bienveillant des communistes. Il gravit à son tour les échelons. Maire de P




