Grève et défilé généraux. Ils étaient 171 000, selon la préfecture de police, 800 000, selon les syndicats; on voit bien que ces gens-là ne sont pas d'accord, de la République à Denfert-Rochereau. La CGT traque les anarchistes, qui tentent de placer leurs drapeaux noirs en tête du cortège où s'étale l'officiel «Etudiants, enseignants et travailleurs solidaires»; on manque d'en venir aux mains. Au côté de Georges Séguy et d'Eugène Descamps, qui seront bientôt distancés, on peut voir et mal reconnaître (leurs visages sont quasi interdits de télévision) Geismar, Sauvageot, et Cohn-Bendit hilare: «Je suis ravi d'être en tête d'un défilé où les crapules staliniennes sont dans la remorque.» François Mitterrand, Guy Mollet, Pierre Mendès France, Waldeck Rochet sont à la traîne. Les manifestants sont 35 000 à Lyon, 40 000 à Toulouse, 50 000 à Marseille. Les préfectures sont assiégées à Nantes et au Mans. On fête d'une manière imprévue le dixième anniversaire, jour pour jour, de la Ve République: «Dix ans ça suffit!», «Bon anniversaire mon général!», «De Gaulle au couvent!». La grève, elle, est mollement suivie. En France, le taux de chômage est inférieur à 2%.
Les trublions des jours passés, transcendés par leur succès, donnent le ton aux milliers de travailleurs, de syndicalistes, qui les suivent. La manifestation se déroule dans le calme, les dix mille hommes en armes de Grimaud restent discrets, ils protègent l'Elysée et l'Hôtel de Ville. A Denfert, un car de police transportant u




