De Gaulle s'en va. A 7h30, la DS noire et son escorte franchissent le portail du palais de l'Elysée, direction Orly. André Gorse, le ministre de l'Information, l'accompagne, De Gaulle lui annonce qu'il s'adressera au pays le 24 mai. La décision n'a pas été facile à prendre; jusqu'à minuit, hier, on hésitait, Fouchet était contre ce départ, Pompidou pour. Le Premier ministre veut prendre les choses en main et, en cas d'échec, préserver le chef de l'Etat. Annuler le voyage aurait donné l'impression que le pire de la crise n'est pas passé.
Le général de Gaulle est «frénétiquement» accueilli à Bucarest par Nicolas Ceausescu; sur les sept kilomètres qui séparent l'aérodrome de Banéasa du centre-ville, 250 000 personnes ont agité des drapeaux et des fleurs, les étudiants roumains ont jonché le parcours d'un tapis de roses, les slogans étaient différents de ceux qu'on lui adressait hier à Paris.
Pompidou constitue une cellule d'urgence qui court-circuite les attributions officielles des ministères, avec Jacques Chirac secrétaire d'Etat aux Affaires sociales, Edouard Balladur, Pierre Somveille et, à la fois discret et omniprésent, Michel Jobert. Dans l'après-midi, le Premier ministre s'exprime devant l'Assemblée avec une hauteur de vue qui lui permet d'éviter les questions pratiques qui fâchent: «A ce stade, ce n'est plus le gouvernement qui est en cause, ni les institutions, ni même la France. C'est notre civilisation même.» François Mitterrand s'en sort par l'ironie. «Nous vous écou




