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Portrait

Noël Godin. Une crème d'homme

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Noël Godin, 55 ans, entarteur. S'emploie, depuis 1969, à maculer de chantilly la face des grands de ce monde.

Publié le 14/05/2001 à 0h52, mis à jour le 14/05/2001 à 0h52

Alors, comme ça, la vie ne serait pas un poème, ni une tarte à la crème? Vous avez été mal renseigné. Depuis trente-deux ans, un individu s'invite régulièrement pour le dessert, toujours au débotté, le plus souvent dans des réceptions officielles. Il ne vient jamais les mains vides. Inoubliable, une rencontre avec Noël Godin? Il faudrait le demander à la trentaine d'hôtes qui ont reçu ses douceurs en pleine face. L'auteur, lui, goûte la narration détaillée de ses exploits, la langue fleurie, guillerette, ampoulée, parfois précieuse, toujours adjectivée.

C'est pour rire, mais tous n'ont pas rigolé. De sa première victime, Marguerite Duras, en 1969, à la dernière (oeuvre en cours), Bernard-Henri Lévy, en février 2000, qui totalise six entartages godiniens et est devenu la mascotte de son tortionnaire: «Il personnifie le nombrilisme arrogant. C'est la victime idyllique.» En passant par Béjart, Godard, Bruel, Elkabbach, Sevran, PPDA, «pompeux cornichons», et autres ministres Sarkozy et Douste-Blazy, «crapules décideuses». Si «jamais aucune victime ne [l']a contacté de près ou de loin», une seule fois Noël Godin a été poursuivi en justice: sur une plainte du gouvernement français, désireux de laver l'affront fait à Douste. «Mon avocat a expliqué que c'était une vieille tradition belge d'entarter les fâcheux. J'ai été acquitté. Cela fait jurisprudence. On peut donc entarter impunément les ministres en France...»

C'est pour rire, et pourtant ça n'a pas toujours rigolé. Il dit même: «

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