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Paroles cachées d'appelés.

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Une enquête inédite de 1959, bien que limitée à des militants d'organisations de jeunesse, témoigne de l'écoeurement des appelés rentrant d'Algérie.

Publié le 16/06/2001 à 1h16

«Avez-vous envie de parler de l'Algérie?», «Quel est votre plus mauvais souvenir?», «Avez-vous l'impression que les autres vous trouvent changé?» «Qu'est-ce qui vous a le plus frappé à votre retour?» Quarante questions ont été posées, en novembre 1959, à 533 jeunes soldats qui venaient de rentrer chez eux en France. Il leur avait aussi été demandé d'attribuer une valeur à des mots comme justice, amitié, famille ou honneur. Leurs réponses sont bouleversantes. Elles disent comment la mort et la souffrance, parfois la torture, mais aussi simplement la soif, la peur, l'ennui, la désillusion qu'ils ont eux-mêmes éprouvés ont été le quotidien de ces appelés du contingent entre 1954, au tout début des événements, et la fin de l'année 1959.

Leurs témoignages, recueillis en pleine guerre d'Algérie, sont restés inédits jusqu'à ce jour. A l'exception d'une brève publication en 1990 (1), cette enquête dort dans des cartons depuis quarante et un ans. Or, par son ampleur, la rigueur de sa démarche, la sincérité des réponses recueillies, il s'agit d'un exceptionnel travail de sociologie.

Début 1959, le problème lancinant de la torture motive un groupe de recherche réuni au sein du Comité de résistance spirituelle (2). L'un de ses membres, le sociologue Paul Rendu, historien de formation, est de ceux qui furent à l'origine de l'enquête: «On voulait savoir deux choses, ce qui se passait en Algérie et si ce qui se passait bafouait les orientations morales de la jeunesse.» Pierre Mauroy, alors s

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