A la question: «Peut-on réformer l'Education nationale?», ils répondent «Oui, évidemment.» Puis s'enquièrent: «Vous avez le temps?» Après, vous comprenez que le «oui» initial veut dire «pas vraiment». Qu'ils pensent que l'Education nationale peut évoluer, s'améliorer, s'aménager. Mais se réformer, pas vraiment, du moins au sens fort. Telle est l'opinion dominante d'une dizaine de hiérarques de ce ministère actuels ou anciens recteurs, membres de cabinet, inspecteurs d'académie, en activité ces vingt dernières années , mais aussi de pédagogues ou de chercheurs. La raison en est simple: pour beaucoup, il n'y a pas lieu de réformer.
D'abord, parce que la structure du système serait bonne. Certains affirment que le seul problème de l'école réside dans «la qualité du pilotage»: donnez de l'autonomie aux établissements, vérifiez qu'ils s'en servent, et tout ira bien. Cette approche est largement partagée, comme le souhait que «l'Education nationale devienne enfin un bon employeur, soucieux de ses personnels».
Temps, minutie, ruse. Ensuite, parce qu'il n'existerait pas de projet politique fort et surtout fédérateur comparable à celui que porta en son temps Alain Savary (1981-1984). «On est coincé entre le jacobinisme à la Chevènement et l'ultralibéralisme à la Madelin», déplore un chercheur, estimant que «c'est le grand échec de la gauche: elle n'a rien suscité entre. Résultat: un fonctionnement libéral réservé aux initiés, sous couvert d'une unité nationale qui pénalise ceux qui




