A Gardanne, ville communiste du pays d'Aix depuis 1977, le patron du bar de la mairie est Algérien. «Je suis Kabyle», rectifie-t-il fièrement. Depuis un an qu'il tient le comptoir, il est au meilleur poste d'observation pour voir ce qui se passe sur la place centrale de la ville, là «où tous ceux qui n'ont rien à foutre tournent en rond, dit-il, passent le temps en fumant des joints et en interpellant les jeunes filles». Alors, le vote Le Pen, il est «dégoûté», mais «comprend les habitants qui se sont dits que ça allait peut-être faire bouger les choses». Et puis il n'est pas inquiet car selon lui, la plupart «regrettent déjà».
Pourtant, à Gardanne, le vote frontiste a pris racine bien avant le 21 avril 2002. Depuis 1988, Le Pen arrive en tête à chaque élection présidentielle. Le FN progresse également aux autres scrutins. Par deux fois, le maire communiste a bénéficié du d'un front républicain pour sauver la face lors d'un duel avec un candidat d'extrême droite au second tour, notamment aux dernières législatives. Cette fois, la claque est encore plus sévère: si Le Pen rafle 22,6% des voix, le PCF est relégué à la cinquième place avec 8,2% des suffrage. Pour la première fois, un candidat communiste n'apparaît pas dans le trio de tête de cette cité ouvrière. «C'est le vote TF1, explique-t-on dans l'entourage de Roger Meï, un vote obnubilé par les questions sécuritaires». Le député maire avance d'autres arguments: «On nous a fait payer notre participation au gouvernement, je n




