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Libération

«Avant, on s'ennuyait, Le Pen nous a réveillés»

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Dans la rue Keller à Paris, on se parle, on se sourit et on s'organise.

Publié le 22/05/2002 à 23h33

Ils vivaient sur une planète tendance, pas loin du génie de la Bastille, beaucoup étaient à des années-lumière de la politique. Des artistes, des créateurs de mode, des gens de communication, tous immigrés au Faubourg-Saint-Antoine, l'ancien quartier des tapissiers, à Paris. L'un organisait le vide-grenier, l'autre le dîner de rue, ils avaient créé une association, Planète Keller. C'était la vie comme un chromo, bien avant Amélie Poulain.

Dazibaos. Puis, il y a eu le 21 avril. Le Pen «comme un cauchemar», le voile brun sur les vitrines kitsch de la rue Keller. Il y a un mois, ils se serraient sur la moleskine du Pause Café. Que faire ? «Résister», dit l'un. «Voter», dit l'autre. Le lendemain, sous les bikinis à paillettes et les mangas, pointaient des dazibaos : «Au deuxième tour, je vote Chirac.» Et le mur de l'école primaire s'ornait d'un graffiti dégoulinant : «La rue Keller dit non à Jean-Marie Le Pen.» Dans les manifs, ils n'étaient pas en reste. Jusqu'à se retrouver, destin pas si fatal, en une de Libération le 2 mai. «Le groupe et les deux filles en rouge sur le char, dit Karim, c'est nous.» Ce fou de techno, ouvrier électricien, était au volant, le char était sa voiture, qui semble aujourd'hui avoir essuyé une pluie de grenouilles. «M'en fous», dit-il. Karim, ce 1er mai, avait envie de chanter «Le Pen, on t'aime» sur l'air des lampions : «Il nous a réveillés, explique-t-il. On dormait, on s'ennuyait. Maintenant, tout le monde a le sourire. Cela a créé quelque chose de

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