Le vertige débute avant même d'entrer dans l'exposition que Paul Virilio consacre à son obsession d'urbaniste-philosophe : l'accident du Temps. Vue du dehors, une forêt de tubulures semble avoir contaminé le rez-de-chaussée de la Fondation Cartier, et le cube de verre translucide de l'architecte Jean Nouvel se fait bocal géant où flotteraient les vestiges d'un effondrement imaginaire. Lebbeus Woods, l'architecte plasticien américain auteur de cette impressionnante Chute, a imaginé que la «salle d'exposition s'effondre soudain, et que le plafond tombe vers le sol», que «la structure du bâtiment et les matériaux qui le soutenaient succombent brusquement à l'attraction gravitationnelle». Selon ses calculs, à une vitesse de «9,8 m/s», l'effondrement durerait deux secondes : «Trop vite pour être perçu à l'oeil nu, pas suffisamment pour être conceptualisé.» Comme si la brièveté de la chute ne pouvait se comprendre que «par l'imagination».
La pièce monumentale introduit merveilleusement la thématique de l'exposition, Ce qui arrive (la définition du latin accidens), en poussant le visiteur à aller chercher en lui des réminiscences d'images d'immeubles éventrés. La théorie de tiges de métal se fait ainsi métaphore idéale de l'abîme philosophique que pose Virilio. Le théoricien de la vitesse et de l'accident temporel, l'intellectuel français le plus critique vis-à-vis des nouvelles technologies, construit la première pierre du «musée de l'Accident» qu'il appelle de ses voeux. Manière d




