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Libération
Interview

«La droite calque la politique sur l'entreprise»

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Publié le 08/02/2003 à 22h09

Sémiologue, Mariette Darrigrand dirige le cabinet Des Faits et des Signes. Elle analyse la stratégie de la droite qui, sous couvert d'«apolitisme», développe sa propre «idéologie de la performance».

Après «l'idéologue» Jospin, Raffarin, c'est la version UMP du «bon sens près de chez vous» ?

L'idéologie contre le bon sens, c'est la gauche contre la droite depuis deux siècles. Mais Jean-Pierre Raffarin est adroit, car il modernise cette dichotomie pour donner corps à sa propre idéologie, celle de la performance. La droite, aujourd'hui, veut que les politiques soient d'abord des gens «performants», comme les autres. Son credo, c'est l'efficacité, avec le souci affiché d'être au service du citoyen, comme une entreprise se veut au service du consommateur. En clair, la droite construit la politique sur le modèle de l'entreprise. Elle échappe ainsi à une question très sensible dans la société française : qui a la parole et qui la confisque ? L'individu a l'impression que tout le monde parle, sauf lui. Se poser, comme le fait Raffarin, en homme qui agit au lieu de parler, c'est se démarquer de l'ordre des politiques tels qu'ils sont décriés.

Pourquoi Jacques Chirac fait-il de la lutte contre le cancer ou contre l'insécurité routière des priorités de son action ?

Parce que la droite est en quête d'un nouveau levier d'implication par rapport à la société. Elle fait du marketing politique et cherche l'adéquation entre l'état de la demande et l'offre qu'elle peut proposer. Or, l'attente des

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