Troyes, Châlons-en-Champagne, envoyé spécial.
Chez lui, c'est un signe qui ne trompe pas. Les dents viennent subrepticement mordre la lèvre inférieure. Alain Juppé est colère. Très colère. Deux heures durant, hier après-midi, une douzaine d'«anars» troyens lui ont pourri son retour à la vie politique. Aux cris de : «Libérez les sans-papiers, enfermez Alain Juppé !», ils l'ont harcelé, l'obligeant à modifier une partie de son programme et à se réfugier dans la mairie de Troyes (Aube). Un indice supplémentaire qui montre que le président de l'UMP risque bien de plomber les chances de sa formation aux régionales.
Pourtant, Alain Juppé avait pris ses précautions. Médiatiques tout d'abord. Le programme de ce premier vrai contact avec un public non militant depuis sa condamnation avait été gardé secret jusqu'au dernier moment. Et Juppé avait choisi de venir dans une région a priori tranquille. Politiquement, d'abord : le 28 mars, le sénateur Jean-Claude Etienne devrait en rester le président. Socialement, aussi : hier midi, les deux inspecteurs des RG en faction devant l'hôtel de ville se la coulaient douce. De plus, Troyes est tenue par François Baroin, porte-parole de l'UMP. S'il n'est pas vraiment intime avec Juppé il l'a viré de son gouvernement avec les «juppettes» en novembre 1995 , il dispose d'un fort point commun avec lui : Jacques Chirac.
Bref, en venant en Champagne, Juppé était peinard, suffisamment chez lui pour lancer un appel aussi convenu qu'indispensable à l'unité




