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Libération

«En Corse, le bon Arabe doit baisser la tête»

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Le climat raciste grandissant qui gagne l'île inquiète les autorités.

Publié le 08/05/2004 à 0h32

Racisme. Depuis quelques semaines, le mot revient comme un leitmotiv dans les pages de Corse Matin, dans celles des hebdomadaires insulaires; débats et interviews sur le thème se succèdent sur radio Frequenza Mora ou sur France 3 locale. «Dans les réunions de famille, le sujet revient. Au village, j'ai dû faire taire mon mari et ma soeur, qui ne supportent pas les réflexions racistes, tellement ça s'envenimait», raconte une Bastiaise. Sur les murs, les «Arabi fora» («Arabes dehors») s'exhibent toujours plus nombreux, avec de nouveaux slogans, tel ce décomplexé «Vive le racisme!»

Le préfet de Corse, Pierre-René Lemas, a confié à l'Insee une étude qu'il souhaite rendre très prochainement publique. «Beaucoup de gens m'ont dit : "Ne sortez pas ça, vous ouvrez la boîte de Pandore", nous a-t-il confié. J'ai trouvé que cette réticence était en elle-même un symptôme grave du mal.» Selon cette étude, la région Corse connaît avec l'Ile-de-France le plus fort taux d'immigration en France métropolitaine, soit 10 % de la population. Sur ces 26 000 immigrés recensés, plus de la moitié sont marocains. «La différence, explique un Corse, nationaliste modéré, c'est qu'ici, nous sommes dans une île, un lieu géographiquement clos, où la population d'origine est fragilisée et traversée par la peur de disparaître culturellement, happée par un monde hostile à ses valeurs.» Dans les années 60, des pieds-noirs installés en Corse ont fait venir des ouvriers agricoles de la région d'Oujda. «Ce sont nos

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