L'impact médiatique de la mort de Jean Paul II a frappé par son intensité. Faut-il y voir la concrétisation de la fameuse prophétie de Malraux sur le XXIe siècle qui «sera religieux ou ne sera pas» ?
Malraux avait du génie, mais cette prétendue prophétie, apocryphe comme tous les bons mots, pourrait être signée Joseph Prud'homme. Sur les trente derniers siècles dont nous gardons trace écrite, citez m'en un qui n'ait pas été religieux ? Celui des Lumières, et encore en surface... Malraux était lui-même profondément religieux, comme nombre d'athées. Il savait bien que la science est incapable de relier les hommes entre eux, et que la mise en relation des consciences les unes avec les autres est... imaginaire ou n'est pas. Cela dit, la remontée en puissance des émotions sacramentelles ne peut surprendre que ceux qui avaient épousé un credo bien naïf, celui du XIXe : plus avanceront les sciences et les techniques, plus reculeront les superstitions et les croyances. Le religieux donc, c'est du résiduel, l'avenir va peu à peu nettoyer le déchet irrationnel. C'est un credo assez comique, mais ne sous-estimons pas sa force d'inertie parmi nous. Elle sous-tend par exemple le rapport Thelot sur l'école, applaudi par tous, où le fait religieux n'est même pas mentionné, pas plus que le fait artistique.
Quant à Jean Paul II, son impact est autant celui des médias sur l'institution catholique, qui court-circuite ses médiations internes, que celui d'un pape acteur, très doué pour la mise en scène, sur les médias mondiaux. Le système audiovisuel, pris de vertige, s'est sacré lui-même en sanctifiant en direct son plus beau champion.
Des commentateurs ont parlé d'une «émotion universelle».
Emotion est un terme passe-partout, dont raffolent les mé




