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Portrait

Le «gender» idéal.

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Judith Butler, 49 ans, philosophe américaine. Féministe, elle a construit la théorie «Queer», qui déjoue les genres sexuels et les logiques identitaires.

Publié le 28/05/2005 à 2h21

En 1990 paraissait Gender Trouble, qui fit l'effet d'une petite bombe aux Etats-Unis. Sous-titré Feminism and the Politics of Subversion, en français «Pour un féminisme de la subversion», l'ouvrage opérait un détartrage du féminisme et desserrait le joug des logiques identitaires. En même temps, il s'engouffrait dans un nouveau domaine, intitulé depuis «théorie Queer», bouleversant les idées reçues sur les sexes et les genres, les normes et le pouvoir. Ce livre, pas facile, a propulsé son auteure, Judith Butler, philosophe alors âgée de 34 ans, vers une notoriété non académique. Traduit en 16 langues, il a donné lieu à toutes sortes d'extrapolations spectaculaires, des arts vivants à la politique. Il a offert une légitimité à toutes sortes de corps exclus du binarisme (homme-femme) des normes sociales, et de ce fait considérés comme faux. Ce livre, il a fallu quinze ans pour le traduire en français. Ce qu'on appelle une bombe à retardement.

Chaque année, en mai, Judith Butler vient à Paris. S'organise alors l'un de ces colloques-marathons, cette fois organisé par Eric Fassin, son préfacier de Normale sup. Elle est arrivée plus tôt pour une étudiante, qui faisait une thèse avec Jacques Derrida. Derrida est mort et Judith Butler a accepté de diriger le jury de sa soutenance.

Petite et garçonne, l'allure décidée, Judith Butler rit beaucoup et plaisante souvent. Elle a l'oeil vif, le verbe animé et la gestuelle musclée des gens roués à la prise de parole publique, qu'il s'agisse d

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