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Bruay, sous une nouvelle identité

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Cette petite ville n'a plus rien de la cité houillère agitée début 70 par une polémique politique autour du meurtre d'une fille de mineurs.

Publié le 15/08/2005 à 3h18

Le nom de Bruay-en-Artois a disparu. Sur les panneaux autoroutiers, les annuaires, les papiers à en-tête, le nom a été effacé. Sauf sur le monument aux morts qui trône devant la mairie de Bruay-la-Buissière, ces mots : «Bruay-en-Artois, à ses enfants.» L'une de ces enfants de la ville s'appelait Brigitte Dewèvre. Morte elle aussi. Pas pour la France, pour rien. Une fille de mineurs, comme beaucoup à Bruay. Assassinée à 15 ans un jour d'avril 1972, dans un terrain vague, non loin du coron où elle habite. Très vite, les soupçons se portent sur maître Pierre Leroy, notaire à Bruay. Sa maîtresse, Monique Béghin-Mayeur, habite dans une grande maison blanche, près d'un terrain vague. De l'autre côté vit la famille Dewèvre, rue de Ranchicourt, dans une maison type de mineur à briques rouges, semblable à toutes celles de la rue. On a vu le notaire sur les lieux à l'heure du crime. Ses déclarations sont confuses. Le juge Pascal l'inculpe. Cent jours plus tard, il est dessaisi, le notaire libéré. Jean-Pierre F., un camarade de Brigitte, est bientôt inculpé puis disculpé. L'affaire devient nationale. Sur fond de justice de classes. «Un fait divers politique», titre Libération le 1er mars 1974 à la faveur d'une reconstitution du crime. C'est l'un des grands dossiers du journal encore balbutiant. «A Bruay, il y a les mineurs d'un côté, la petite bourgeoisie commerçante de l'autre. Et la grande bourgeoisie, celle qui dirige tout, elle vit luxueusement, d'un luxe insultant», écrit S. J. à

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