La dame, la cinquantaine élégante, demande le deuxième pied à la vendeuse. «Vous êtes sûre qu'on va continuer à porter du compensé ? Sinon, je ne les prends pas.» La vendeuse la rassure, ses bottes ne risquent pas de se démoder. Une paire sublime, en daim gris nuage, une bride sur le coup de pied, et le fameux talon compensé d'au moins huit centimètres. La cliente repartira avec la paire (185 euros) et une autre de mocassins coquelicot, semelle à picots (60 euros). Une affaire pour des chaussures Stéphane Kélian qui, d'habitude, valent trois fois plus cher. C'est l'avantage de les trouver en magasin d'usine, à Romans (Drôme). La ville s'est fait une spécialité de ce tourisme de shopping.
Romans, depuis le XIXe siècle, est la capitale française de la chaussure de luxe. Ou plutôt était. Le 12 août, la dernière usine française de Stéphane Kélian, dans la banlieue de la cité drômoise, a fait faillite, mettant 150 personnes au chômage. La même semaine, Charles Jourdan, l'autre fleuron romanais de l'escarpin de luxe, a déposé le bilan. Le tribunal de commerce lui a laissé six mois de sursis pour trouver une solution de reprise. Plus de 300 emplois sont menacés. Seul Robert Clergerie, autre grand nom de la chaussure très haut de gamme, tient bon.
Accessoire de luxe
Etrange paradoxe. Ces usines ferment alors que la France détient l'un des records d'achat mondiaux de paires de chaussures par habitant par an : plus de 5,5 en moyenne, juste derrière le Japon et les Etats-Unis. Notamment




